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Un "oui" qui dit "non"

Un "oui" qui dit "non"

mardi 14 juin 2011

« Habemus quorum » lit-on sur le panneau brandi au-dessus de sa tête par une Italienne, au milieu d’une foule célébrant la victoire du « oui », à l’issue du referendum qui a fait vibrer la Péninsule le week-end dernier. Le « oui » à une telle consultation, ordinairement organisée par un Chef d’Etat en quête de plébiscite, a ici la signification d’un rejet de la politique conduite par Berlusconi. Car les questions ont été formulées par son opposition, sur quatre thèmes qui exaspèrent l’opinion publique, et ce sous la forme d’une demande d’abrogation de dispositifs existants : la privatisation des services publics locaux à caractère économique, les modalités de facturation du service de l’eau, le développement de l’électricité nucléaire et l’immunité du Président du Conseil et de ses ministres – une loi taillée sur mesure au profit du flamboyant Cavaliere, familier des manquements à la loi italienne. Quatre questions dont les réponses constituent « quatre buts à domicile », selon la formulation imagée d’un élu, face à la liesse que les Italiens réservent d’habitude aux victoires de son équipe de football.

« Habemus quorum » : c’est bien là que se situe l’événement, aussi signifiant qu’une élection pontificale. Car pour que ses résultats pussent être validés, il fallait que le referendum réunît plus de la moitié des votants – un taux de participation difficile à atteindre dans ce pays, habituellement désinvolte à l’égard du formalisme des urnes : le sentiment général envers la classe politique frise le zéro Kelvin sur l’échelle de la confiance. Il est d’ailleurs probable que le Cavaliere ait ostensiblement snobé le vote sur la base de sa conviction que le fameux quorum ne serait pas atteint. Le même aveuglement que celui dont ont fait preuve les tyranneaux méditerranéens, convaincus de la durable apathie des populations. Un syndrome qui contamine à grands pas l’exécutif des démocraties patentées. Mais une réponse bien conforme à l’air du temps : entre les raisonnables « révolutions » arabes et la courtoise « indignation » des Européens privés de carte bleue, on assiste partout à l’expression prudente d’un mal-être diffus. Dans lequel les populations exigent de leurs représentants honnis qu’ils inventent un nouveau paradigme. Un truc qui les protège des douleurs collatérales du système en vigueur. Comme une insurrection de suppliciés qui exigeraient du bourreau leur dose de morphine. C’est très curieux...

La recette du jour

Gestion du consensus

Vous êtes le patriarche inflexible d’une famille soumise à votre autorité et dépendante de votre table. La rigueur des temps vous oblige à rogner sur le service, ce qui provoque la grogne de vos commensaux. Imposez un referendum confusionnel qui fasse dire « oui » à vos opposants. Puis faites gagner votre équipe de foot : les récalcitrants diront « non » à votre départ.

mardi 14 juin 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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