Potion pour le podium
Que se passe-t-il quand une star du cyclisme se fait inexplicablement distancer dans une étape cruciale du Tour de France ? « C’est dimanche, les pharmacies sont fermées » lâchent les perfides, qui pourtant respectent le repos dominical des apothicaires. Que se passe-t-il quand un nageur brésilien, issu du croisement d’un dauphin et d’une armoire normande, pulvérise ses adversaires du 50m papillon et fond en larmes à l’arrivée, tel un bébé crocodile privé de biberon ? Ses collègues nageurs, dans leur tribune, le sifflent comme un pestiféré. Ce qui est en cause, dans les deux cas, c’est le soupçon du recours à la potion magique, d’autant que les intéressés ont déjà été pris le nez dans la marmite. Cela ne signifie pas pour autant que les siffleurs n’aient jamais tenté d’améliorer le degré d’octane de leur carburant énergétique, par quelque cocktail revigorant. Mais le talent des alchimistes du sport consiste à élaborer un kérosène détonant qui ne laisse aucune trace après combustion.
Convenons que la préparation des athlètes s’est à ce point affûtée qu’ils ont considérablement amélioré leurs aptitudes à la performance et à la résistance. Mais bon, personne ne croit plus à la seule vertu du jus d’orange pour laisser un sportif frais comme un gardon, après une épreuve qui a mobilisé autant d’énergie qu’un Airbus au décollage. Puisqu’il paraît irréaliste d’éradiquer tout additif dans le menu du sportif, peut-être serait-il raisonnable d’en légaliser l’usage. Pour peu qu’un suivi médical strict soit mis en place, afin de protéger les cobayes des dommages collatéraux auxquels ils sont exposés. Telle est la position d’un courant majoritaire en Suisse, qui pourrait bien finir par s’imposer sous la pression de la nécessité. Car il n’est pas impossible que les champions sportifs de demain soient plus proches de RoboCop que de Phidippidès, le messager mythique qui courut le premier marathon. On ne sait s’il faut s’en réjouir ou le déplorer, mais notre espèce ne cessera jamais de tenter d’améliorer sa performance et sa longévité. Même au prix du bidouillage génétique. Ou du mariage de la cellule et de la puce électronique.
La recette du jour
Assurance dynastique
Vous vous inquiétez pour la longévité de votre dynastie. Vous n’avez pas tort : sans les mutations appropriées, l’espèce humaine aura des difficultés à perdurer. Mariez votre fille aînée à un ordinateur et votre fils cadet à une usine pharmaceutique. Leur descendance jettera peut-être un froid dans les repas de famille, mais vos armoiries sont promises à briller pour l’éternité.
mardi 26 juillet 2011 , par Jean-Jacques Jugie




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