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Pelleteuse folle et âne bâté

Pelleteuse folle et âne bâté

lundi 21 février 2011

On doit ici conspuer l’impéritie de l’entreprise de travaux publics qui, depuis quelques jours, transforme le perron du billettiste en quartier de Kaboul. Avec le lot ordinaire de dommages collatéraux : un coup de pelleteuse chirurgical ayant arraché le câble téléphonique qui irrigue le village, on se retrouve coupé du monde. Lequel continue de vivre comme avant, à en croire le rétameur itinérant qui, deux fois l’an, vient ici affûter nos hallebardes. Grâce à cet armurier providentiel, on est rassuré d’apprendre que la planète continue d’aller de traviole. Mais ça ne fait pas le sujet d’un billet. Après avoir maudit le doigté d’éléphant du pelleteur, on doit donc rendre hommage aux effets catatoniques de son inconséquence. Car l’isolement forcé auquel il nous contraint, accentué par l’entêtement forcené de notre âne à refuser de couvrir les six lieues séparant la ville la plus proche, ce court-circuit avec l’actualité nous fait mieux comprendre le sort de quelques uns de nos contemporains. Qui du Maghreb au Moyen-Orient ont été, sont ou seront, privés du courant magique d’Internet et des transmissions non filaires. Par la seule décision d’un monarque usant de son pouvoir comme d’une pelle mécanique ravageuse. En un instant, une nation entière se trouve mise en quarantaine et réduite aux communications que connaissait notre village, planté dans la pampa, avant l’arrivée de la fée électricité. La tentation du black-out comme arme préventive n’épargne pas les autorités des grandes démocraties. Les Etats-Unis envisagent sérieusement de légaliser la paralysie de tels flux, sur décision de l’exécutif, en cas de risque majeur pesant sur le pays. Nul ne sait à ce stade quels dangers la mesure est supposée prévenir : une invasion de Martiens, une avionite islamiste aiguë ou la rancœur des populations autochtones, excédées par la médiocrité et la rouerie de leurs dirigeants. Ce dernier fléau n’épargnant aucun gouvernement de la planète, on se demande s’il n’est pas temps d’étudier l’alphabet du tam-tam et des signaux de fumée, si l’on veut maintenir le lien avec nos congénères. Et d’enseigner enfin à notre âne l’art de faire les courses : une journée entière pour acheter le pain, c’est un peu long…

La recette du jour

Menu à la Cro-Magnon

Vous ignorez tout des dangers auxquels nos sociétés sont exposées. Préparez-vous à des mesures démocratiques de protection : coupures d’électricité et privation de carburant. Conservez donc précieusement le suif pour l’éclairage et le crottin d’âne pour le chauffage. Et achetez le brevet du téléphone arabe, si vous voulez continuer de communiquer avec vos contemporains.

lundi 21 février 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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