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Morale et prospérité

Morale et prospérité

mercredi 22 juin 2011

Bien qu’il n’y ait en Suisse aucune trace visible d’indignation collective, une question importante fait en ce moment l’objet d’une consultation, sous la houlette de l’USS (Union syndicale suisse). Il s’agit de l’instauration d’un salaire minimal garanti, dispositif jusqu’à ce jour inexistant. Un niveau exceptionnel de consensus se dégage de ce projet, visant à fixer le minimum salarial à 4 000 francs, soit… 3 300 euros mensuels. Bruts, évidemment. Mais en Suisse, les charges salariales sont nettement inférieures au niveau français, à ceci près que chacun doit assumer personnellement ses frais d’assurance-maladie. Et la vie au quotidien n’y est pas spécialement bon marché, convenons-en. Ce pourquoi, sans doute, il y a davantage de frontaliers français qui travaillent en Suisse que le contraire : le marché de l’emploi ferait pâlir de jalousie n’importe quel ministre de l’Eurozone, avec un taux de chômage de 3.5%. Une situation que notre pays n’a pas connue depuis… oh, au moins depuis 1348, date à laquelle la peste noire expédia ad patres un bon quart de la population.

A y regarder de près, les salaires les plus bas versés en Suisse ne sont pas très éloignés du seuil qu’il est question de graver dans la loi. Avec cette nuance que les Français apprécieront à sa juste valeur : la semaine comporte d’ordinaire… 42 heures de travail. Et grâce à leur horlogerie de précision, et à la discipline proverbiale des Suisses, les horaires sont scrupuleusement respectés. On pourra toujours gloser sur le côté prussien de la discipline helvétique, sur le souci maniaque de l’ordre et de l’hygiène, sur la phobie des minarets et du linge suspendu aux fenêtres (pour paraphraser John le Carré). Il n’empêche que tout jeune diplômé hexagonal aurait avantage à vérifier ici les conditions dans lesquelles son emploi en Suisse serait rétribué : elles sont de nature à adoucir considérablement les contraintes qui y sont supposément attachées. La Confédération présente des comptes publics honorables ; une balance extérieure enviable ; une monnaie recherchée. Le plein-emploi y est depuis longtemps assuré sans qu’il ait été nécessaire de « partager » le temps de travail ni les salaires qui vont avec. Nos voisins avaient donc de bonnes raisons de décliner, jadis, la proposition d’intégrer l’Espace européen. Et comme ils sont fidèles à leurs principes démocratiques, les dirigeants ont alors respecté les résultats du referendum qui a refusé l’adhésion. Selon quoi la discipline est compatible avec la démocratie, et la morale avec la prospérité. C’est un scoop.

La recette du jour

Conscience en salade

Vous avez appris la valeur de la morale, l’importance de la justice et du respect de la Loi. Si vous comptez les oublier au plus vite, devenez Américain. Si vous entendez vous asseoir dessus en les invoquant chaque jour, restez Français. Si vous jugez ces principes inviolables, migrez en Suisse. Ce n’est pas rigolo tous les jours, mais vous serez en paix avec votre conscience.

mercredi 22 juin 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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