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Liz et Elisabeth

Liz et Elisabeth

jeudi 24 mars 2011

La mythologie hollywoodienne de la deuxième moitié du siècle dernier fait silence sur un club informel, comprenant un nombre de membres très limité : ceux qui n’ont pas épousé Liz Taylor, ni jamais fricoté avec elle. Si bien qu’il est difficile de déterminer si la gloire d’Elisabeth Taylor est imputable à ses talents d’actrice, à son activisme relationnel – officiel et officieux – ou à son expertise en gemmologie. N’ayant pas, à son grand regret, fréquenté Los Angeles à l’époque où Liz tenait le haut de l’affiche, le signataire ne peut que s’en remettre à la filmographie de l’intéressée. Et il lui faut admettre qu’elle n’était pas seulement une femme exceptionnellement belle ; son jeu s’est nourri de son instinct de diva, et elle crève chaque fois l’écran : passionnée, sulfureuse, envoûtante. De quoi justifier son statut inamovible de star américaine, dans des films… à l’américaine. Qui dans l’ensemble ont vieilli plus vite que l’actrice aujourd’hui disparue. Il n’est donc pas impossible que cette icône du cinéma s’efface rapidement de la mémoire de ceux qui ne l’ont pas connue dans les jeunes années de sa gloire.

En revanche, « l’autre » Elisabeth Taylor, la romancière, aînée de vingt ans de l’actrice, promet de laisser une trace plus durable. Chez nous, elle doit sa notoriété posthume à Angelo Rinaldi, alors qu’il tenait la chronique littéraire de L’Express – un sommet inégalé dans l’art de la critique. C’est avec un talent assassin qu’il harcela sans relâche Marguerite Duras – son souffre-douleur préféré – ou d’autres cibles de choix comme Robbe-Grillet et Sollers. D’un point de vue littéraire, ses démolitions ont toujours été supérieures à ses éloges. Mais on doit à son enthousiasme parcimonieux de nous avoir fait découvrir des auteurs majeurs comme Fritz Zorn, Italo Svevo et… Elisabeth Taylor. Anglaise jusqu’au bout de la plume, notre Elisabeth – pas comme sa pétroleuse homonyme, née en Angleterre mais viscéralement yankee. De la véritable dentelle littéraire, ponctuée par son célèbre Angel – adapté à l’écran voilà quelques années – qui constitue le diamant noir de son œuvre. On ne sait pas grand-chose de la vie de la romancière, qui consacra son énergie à un unique mari industriel et à l’écriture artisanale. Peut-être était-elle aussi effacée que Liz était extravertie. Mais qu’importe : « L’homme est toujours inférieur au produit de ses œuvres ». La saillie est de Rinaldi. Qui sans doute ne parlait pas seulement de lui.

La recette du jour

My Taylor is rich

Vous songez à l’avenir de votre nouvelle-née. Prénommez-la Elisabeth. Si vous êtes matérialiste obsessionnel, apprenez-lui l’art du spectacle et faites-la danser devant la Reine d’Angleterre, dès l’âge de trois ans. Elle deviendra croqueuse d’étoiles, d’hommes et de diamants. Dans le cas contraire, privilégiez les humanités. Votre fille écrira peut-être une œuvre mémorable. Surtout si elle a le talent d’épouser un industriel.

jeudi 24 mars 2011 , par Jean-Jacques Jugie

1 Message

  • // Liz et Elisabeth 25 mars 2011 12:01, par JPP

    Savoureux, mais le club unformel dont vous parlez est plus important que vous ne le pensez. D’ailleurs j’en fais partie.
    Je connaissais la "pétroleuse" pour m’être laissé tenter par quelques films, mais ne connaissais pas son homonyme romancière.
    Merci pour l’info.


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