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La balistique de l’équilibre

La balistique de l'équilibre

mercredi 11 mai 2011

Savez-vous pourquoi notre pays affiche des déficits publics récurrents et croissants depuis plus de trente ans ? La réponse se trouve dans l’exposé des motifs du projet de loi constitutionnelle relatif à l’équilibre des finances publiques, que l’Assemblée nationale a hier adopté avec une courte majorité. Tellement courte qu’il est hautement improbable que le Parlement puisse fédérer les trois cinquièmes de ses membres autour du texte – le quota requis pour amender la Constitution. Mais revenons aux causes du délabrement de nos comptes : « Cette situation ne peut s’expliquer simplement par la faiblesse de la volonté politique de tel ou tel Gouvernement. Elle démontre que la France souffre d’un problème structurel pour maîtriser ses comptes sur le moyen terme. » Lequel problème « appelle un renforcement de la gouvernance de nos finances publiques ». C’était donc ça. Il faut instiller une dose supplémentaire de « gouvernance ».

Autrefois, la gouvernance était une juridiction à la tête de laquelle se trouvait le gouverneur. Tout le monde comprenait. Aujourd’hui, c’est un néologisme barbare en forme d’auberge espagnole, qui contient tout ce que celui qui l’invoque ne peut pas expliciter sans prendre le risque de soulever la fureur de ses auditeurs. C’est un concept typiquement postmoderne, qui traduit l’ambition de clarifier une idée en ajoutant du flou à sa définition. Au cas d’espèce, elle se matérialise par l’introduction de « lois-cadres d’équilibre des finances publiques ». Des lois organiques supérieures aux lois de finances, qui (re)poseront le principe immémorial des finances publiques : celui de l’équilibre budgétaire. En somme, une loi qui imposera le respect de la loi. Car l’objectif du moment est de fixer la « trajectoire » du retour à l’orthodoxie : ainsi, ces lois « permettront de voter une date de retour à l’équilibre des finances publiques ». Des lois balistiques, en somme, qui feront exploser la vertu gestionnaire à un moment précis du calendrier. Il suffit de voter et les dettes seront remboursées. Il en résulte ceci qu’un bon gouvernement est celui qui négligera toute considération politique au profit de la technologie comptable de l’équilibre. C’est une bonne nouvelle : le pays va faire l’économie considérable du coût de toutes les élections, devenues superflues. Un bon ordinateur devrait assurer honorablement le gouvernement du pays, sans erreur ni état d’âme. On pourra même demander aux banquiers d’en assurer l’entretien : car la gouvernance mécanicienne offre la garantie aux créanciers d’être toujours remboursés. Vont être heureux, les citoyens français…

La recette du jour

Vertu technologique

Vous êtes perclus de toutes ces imperfections qui caractérisent la nature humaine. Investissez dans un programme informatique d’idéal de vie et suivez scrupuleusement ses préconisations. Si la faim ne vous terrasse pas, l’ennui y parviendra. Mais vous mourrez technologiquement vertueux et vous gagnerez le paradis de la métaphysique postmoderne.

mercredi 11 mai 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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