En ces temps troublés, vous vous demandez comment protéger vos économies des agressions qui les menacent. Si ça se trouve, vous êtes déjà à l’abri des embarras sans en être conscient. Pour peu que dans votre famille se soit perpétuée une tradition bien française : celle consistant, lors de chaque naissance, à stocker des grands crus du millésime concerné. Des flacons promis à illuminer les grands moments de la vie : les épousailles, bien sûr, l’attribution de la Légion d’honneur, la première déclaration ISF, les noces d’or, la canonisation. Pour ceux qui ont la chance d’avoir eu des ancêtres volages, non méritants, fraudeurs du fisc et sobres comme des chameaux, aucune occasion ne s’est présentée pour écluser les vieilles bouteilles. Lesquelles attendent sagement, au fond de la cave, qu’un millionnaire chinois en découvre l’existence. Pour éblouir ses amis en leur servant un grand bordeaux hors d’âge et hors de prix.
Il est donc opportun de vérifier, dans votre arbre généalogique, les naissances du début du 19ème siècle. Un aïeul de 1811 serait parfait, surtout si ses parents ont eu la bonne idée d’acquérir le vin du millésime qui résiste le mieux à l’outrage du temps : le sauternes. Et dans l’appellation, celui qui revendique, à juste raison, l’immortalité : le mythique Château d’Yquem. De l’or en bouteille. Un flacon de 1811 vient d’être vendu aux enchères à Londres, pour la modique somme de 75.000 livres, établissant ainsi un nouveau record dans la catégorie. C’est l’ancien sommelier de la Tour d’Argent, devenu restaurateur à Seminyak (Bali), qui en a fait l’acquisition. Il va l’exposer dans son établissement, à l’abri d’un blindage tempéré, avant de l’ouvrir pour fêter ses cinquante ans de carrière. Un coup de pub opportun pour Yquem, dont LVMH est devenu propriétaire voilà environ vingt ans, après une sourde bagarre au sein de la famille Lur Saluces, qui se transmettait le joyau depuis des temps immémoriaux. Les Lur Saluces continuent de bichonner le Château de Fargues que le dernier marquis de la lignée, disparu sans descendance au début des années 1960, faisait alors vinifier à l’usage exclusif de ses amis. Un bijou à l’égal d’Yquem, qui anoblira la cave de vos descendants, jusqu’à la énième génération…
La recette du jour
Epargne d’esthète
Votre grand-mère distribuait des napoléons pour les fêtes, les anniversaires et les grandes occasions. Vous les avez conservés et vous avez bien fait. Grand-père stockait en cave de l’or en flacons, avec consigne de patienter longtemps avant d’ôter le bouchon : à moins de cinquante ans, un grand sauternes demeure un gamin. Lorsqu’il atteint deux siècles, il devient un capital.
mercredi 27 juillet 2011 , par Jean-Jacques Jugie




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