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L’arnaque au canard laqué

L'arnaque au canard laqué

vendredi 20 mai 2011

On savait déjà, de source médicale autorisée, que la consommation régulière de canard laqué réduisait de façon sensible les risques cardiaques résultant de l’hypercholestéromie. Car la recette authentique requiert l’utilisation d’« hongqumi », qui sert à la fois de colorant, d’épice et d’antiseptique dans la cuisine traditionnelle chinoise. Mais attention : selon la faculté pékinoise, la consommation excessive d’hongqumi est dangereuse pour le foie. En foi de quoi l’auto-prescription est-elle déconseillée sans avis médical. Vous serez efficacement protégé des méfaits du cholestérol en mangeant un canard laqué chaque jour au petit-déjeuner, mais pas en ajoutant une cuillérée d’hongkumi à votre café. C’est comme la mélanine, voyez-vous : un chouïa dans le lait fortifie les nourrissons ; au-delà, vous obtenez un bébé stratifié en formica (de bonne conservation, facile à ranger mais pas à habiller). Mais voici maintenant que les autorités chinoises dénoncent un trafic de canard laqué sous vide qui serait « de mauvaise qualité » : sans peau, sans tête, sans ailes. Celui que l’on trouve tout particulièrement dans les gares et les supermarchés. Un truc pour touristes. Pour gogos, en somme. Une contrefaçon ? La presse officielle ne le dit pas. On se demande s’il ne s’agit pas de canards élevés à Fukushima…

Le Gouvernement chinois s’émeut à juste titre des risques que de telles pratiques font courir à la réputation du canard laqué pékinois. Et rappellent le succès du restaurant spécialisé de Dadong, celui que plébiscitent les touristes après avoir crapahuté sur la Grande Muraille. Le billettiste ne voudrait pas se mettre à dos les éminences de la République populaire, ni mettre de l’huile sur le feu de leurs relations diplomatiques tendues avec l’Europe. Mais il se souvient d’avoir dîné dans ledit restaurant typique, et dégusté le canard laqué typique servi aux touristes typiques. Eh bien, autant l’avouer tout de suite : ce n’était pas fameux, pour rester poli. On ne sait si la bestiole avait encore la tête et les ailes, mais on peut garantir qu’elle avait encore toute sa peau : c’est la seule chose qui ait été servie. Pas grillée ni rôtie : plutôt bouillie. On l’aurait préférée en formica. Si bien que tout devient clair : les restaurants servent à leurs clients la peau des volatiles et revendent les carcasses aux industriels qui les mettent sous vide, avec un coup de laque hongqumi. Si vous voulez notre avis, le voici : pour le canard laqué chinois, préférez la contrefaçon à l’original.

La recette du jour

Cuisine à la pékinoise

Vous êtes restaurateur et vos bénéfices fondent comme une motte de beurre sur un radiateur. Adoptez pour vos touristes le tour de main chinois. Servez-leur les pluches de légumes, les coquilles d’œuf, le gras des viandes selon des recettes que vous déclarerez « typiques ». Mettez les produits correspondants sous vide et revendez-les au supermarché du coin. Vous doperez vos profits et votre réputation.

vendredi 20 mai 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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