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Harris soit qui mal y pense

Harris soit qui mal y pense

mercredi 9 mars 2011

Maintenant que la bienpensance médiatique s’est repue de la vilénie des potentats pétroliers, il lui fallait trouver nouvelle pâture à ses appétits. Voilà qui est désormais chose faite chez nous, où un institut de sondage a outragé la vertu chatouilleuse des politiques, et heurté la sensibilité à fleur de plume des commentateurs patentés. Ce n’est pas la méthodologie approximative des sondages qui est en cause, ni le pifométrisme des « ajustements » auxquels se livrent les sondeurs avant livraison de leur brouet. L’affaire est bien plus grave. Car le sondage en cause propulse le Front national en tête des intentions de vote. Ce qui est formellement prohibé par les conventions bipartisanes qui régissent notre paysage politique, par les règles élémentaires de la bienséance et par la bulle pontificale cum tanto divino – annulant toute élection simoniaque (Jules II, 1506). Car là est bien le problème : l’avis des sondés aurait été obtenu contre rémunération, ou contre promesse d’une éventuelle rémunération. Il y aurait donc eu marchandage de valeurs hautement spirituelles (la conviction politique) contre un prix bassement temporel (un séjour all inclusive à Tobrouk, pour deux personnes en tente double, pourboires non compris). Incroyable. Mais que fait donc la police ?

On se doute qu’une telle hérésie se devait de déchaîner les passions. Et les uns d’exiger une loi interdisant tout défraiement des sondés ; d’autres une loi interdisant tout sondage ; d’autres encore une loi interdisant tout Front national ; les derniers, enfin, les moins nombreux, une loi instituant un salaire minimum pour tout sondé contre son gré, y compris les ratons laveurs. Cet état de joyeuse confusion démontre que les braillards seraient bien inspirés de réfléchir un chouïa avant de s’indigner. Sous prétexte d’être payés, nous dit-on, les sondés répondraient n’importe quoi. Mais tout citoyen vote en fonction de la réclame de son candidat, non ? D’accord, il ne s’agit que de promesses ; mais il y a bien simonie par intention, à peine moins grave que la simonie par action. Et même en faisant abstraction de toute suspicion marchande, rien ne prouve que la gratuité de l’acte empêcherait le citoyen de voter n’importe comment. C’est-à-dire pour n’importe qui. Puisque les factions politiques reçoivent de l’Etat un joli pécule pour conduire leurs campagnes, confirmant l’adage selon lequel tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute, il serait raisonnable de rétribuer grassement le pékin qui met la main à l’urne. Car faire le tri parmi tous les boniments partisans, c’est un boulot à plein temps.

La recette du jour

Sondage perpétuel

Vous êtes harcelé par les sondeurs et leurs questions débiles. Echangez votre avis de consommateur contre deux barils de lessive, votre sentiment d’électeur contre un séjour en thalasso, votre sensibilité religieuse contre une indulgence plénière. Puis créez un institut de sondage pour refiler votre bric-à-brac à d’autres débiles. Quand le stock est épuisé, redevenez sondé.

mercredi 9 mars 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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