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Grèce : Mozart enroué

Grèce : Mozart enroué

lundi 27 juin 2011

Si vous possédez un télescope assez puissant, la NASA vous promet de pouvoir observer aujourd’hui un petit astéroïde. Ce sera en milieu d’après-midi, à une distance d’environ 12.000 kilomètres : un petit machin d’une dizaine de mètres, qui se perdra ensuite dans l’espace. La réputation de l’Agence américaine étant bien établie, on se saurait mettre en doute ses observations. Pourtant, la tentation est grande de soupçonner les Yankees de s’être fourvoyés : l’astéroïde en cause pourrait bien être un petit vaisseau spatial. Véhiculant le gratin du Trésor français, de la Banque centrale et de quelques grandes banques commerciales, qui s’est réuni ce week-end pour affiner « la solution française » au problème grec. Si l’on en juge au résultat de ce brainstrorming stratosphérique, nos têtes d’œufs étaient manifestement sur la Lune, ou plus vraisemblablement sur une planète beaucoup plus lointaine. Un endroit où la géométrie financière échappe aux règles euclidiennes. Une autre dimension, en somme.

Il résulte de ce remue-méninges un « plan » que Paris va se hâter de proposer aux capitales européennes, avec le bon espoir de susciter le consensus. On peut lire ici le descriptif qu’en livre Le Figaro, dont le sens n’est accessible qu’aux lecteurs extralucides. Essayons donc d’en dégager l’esprit, tel que le billettiste l’a compris (et donc sous réserves) : la restructuration de la dette grecque est inévitable. Mais on ne peut la pratiquer formellement, sous peine d’activer les snipers des agences de notation et de mettre tout le monde dans la mouise. Alors, les banques créancières accepteraient de renouveler à la Grèce 70% des emprunts qui viennent à échéance et ce sur une durée longue (30 ans). Faute de pouvoir obtenir une caution de l’Europe, dont l’Allemagne ne veut pas entendre parler, la garantie serait constituée par un fonds « zéro coupon » à hauteur de 20% des encours actuels (que la Grèce emprunte mais dont elle ne dispose pas), lequel fonds serait investi en « titres de très grande qualité » (des valeurs sûres qui n’existent pas chez nous, mais que l’on trouve en abondance sur la planète Mars). Capitalisés au taux actuel des marchés, ces 20% deviennent… 100% à l’échéance : la Grèce rembourse alors sans autre difficulté que d’avoir payé les intérêts sur toute la période. C’est beau comme une partition de Mozart : il n’y a que des gagnants. Car le risque sur la dette grecque se trouve alors réduit aux 30% non financés par les banques et abandonnés au marché : voilà comment pratiquer un haircut de 70% sans le dire. Bien sûr, il faudra aux agences de notation une bienveillance en acier trempé, ou un crétinisme patenté, ou une mauvaise foi à zéro coupon, pour valider un scénario qui pêche quand même sur un point : Athènes n’y retrouve que 50% des capitaux dont elle a besoin pour simplement couvrir le remboursement des emprunts échus. Bref, le plan français ressemble à une méchante musique de Ponzi, orchestrée par des joueurs de pipeau en culottes courtes. On attend avec impatience l’ouverture des places boursières pour obtenir le jugement des « marchés »…

La recette du jour

Croisière à la grecque

Vous ne pouvez plus rembourser vos dettes et vos créanciers sont logiquement plus embarrassés que vous : ils pourraient être ruinés alors que vous, vous l’êtes déjà. Laissez les banques inventer toutes les chimères qui vous rendent solvables ; acceptez les plans sur la comète avec ferveur et humilité. Et continuez de bronzer sur le pont avant que le bateau ne coule.

lundi 27 juin 2011 , par Jean-Jacques Jugie

2 Messages de forum

  • // Grèce : Mozart enroué 27 juin 2011 12:21, par Jean-Jacques Jugie

    Environ 50 milliards, selon les estimations officielles et pifométriques. Soit un peu plus de 15% de la dette totale...

  • // Grèce : Mozart enroué 27 juin 2011 12:05, par L’ignorant du lundi

    Moi qui suis ignorant en économie, je suis frappé par un paradoxe. On dit à la Grèce : privatisez tout. En d’autres termes : vendez tout. Or, quand un créancier, notamment un banquier, vous dit "vendez-tout", c’est qu’il compte sur un remboursement immédiat, n’est-il pas ? Sinon, vous vous déplumez et vous vous rendez insolvable sur le long terme.
    Ma question est donc la suivante : si la Grèce privatise autant qu’on le lui le préconise, quelle somme approximative tirera-t-elle de ces ventes ? Quelle part de sa dette effacera-t-elle ? Parce que, si c’est une part riquiqui, à quoi bon ?


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