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Bourse et démocratie

Bourse et démocratie

jeudi 30 juin 2011

Ah, la réputation ! S’en défaire n’est pas facile, surtout quand elle est mauvaise. Et qu’elle repose moins sur des faits attestés et sur des préjugés bien équarris. Voyez la Bourse, par exemple : que n’a-t-on proféré à son sujet ! Que c’était un tripot peuplé de malfrats sans foi ni vergogne, hermétiques aux conséquences de leurs spéculations sur la vraie vie des vraies gens, toujours prêts à plumer le pigeon égaré dans leur bouge, impitoyables entre eux, barbares à l’égard de tous, méprisant la Loi, n’adorant que l’argent. Que face aux marchés financiers, l’Enfer serait un jardin d’enfants. Eh bien, mesdames et messieurs, toutes ces vilénies ne sont que calembredaines. La journée boursière d’hier en a apporté la preuve : émus par la fraîcheur démocratique du Parlement grec, qui a voté le nouveau train de mesures restrictives que commandent les droits sacrés des créanciers, les marchés européens ont fait preuve d’un bel enthousiasme. Révérencieux, les élus athéniens ont en effet gravé dans le marbre les sacrifices de leur peuple, afin que se perpétue l’ordre du monde. La Loi est dure, certes ; mais c’est la Loi.

Les esprits critiques pourront toujours observer que le vote n’a été obtenu que d’une courte tête, et soupçonneront que quelques voix aient été chèrement acquises. C’est possible, mais que croient-ils donc, les grincheux ? Toute majorité a un prix dans n’importe quelle démocratie. D’autres noteront que la population semble dégager un écrasant consensus contre la purge qui lui est promise. C’est ce qu’on dirait, en effet. Mais bon, en Grèce ou ailleurs, le citoyen réagit toujours de la même façon : il n’est d’accord avec la rigueur que si elle concerne les autres. En revanche, on peut accorder quelque crédit à l’idée que la représentation politique grecque a perdu sa légitimité aux yeux des populations. Lesquelles ont vécu jusqu’à ce jour dans une ambiance popote de corruption généralisée, où chacun, à sa mesure, parvenait à tirer les marrons du feu. Maintenant que les marrons sont rares et que les élites tentent de les réserver à leur propre usage, le contrat social est rompu. Faute de pouvoir entretenir leurs « clients », au sens romain du terme, les élus sont promis à la détestation. Et le pays est mûr pour la chienlit. Finalement, les Bourses n’ont peut-être pas été très inspirées d’applaudir des deux mains le Parlement athénien. A moins que l’insurrection ne soit favorable à l’envolée des cours. Ce dont il est permis de douter.

La recette du jour

Le petit démocrate illustré

Dans votre communauté, vous avez institué un ordre social calqué sur le modèle indépassable de la démocratie athénienne : quelques élites rédigent la loi, la font appliquer et distribuent des sucreries au vulgum pecus pour avoir la paix. Si les douceurs viennent à manquer, la gueusaille va s’insurger. Faites alors donner la police et l’armée. Si ça ne suffit pas, déménagez en Suisse et laissez-les se débrouiller.

jeudi 30 juin 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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