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Un pion à 5 milliards

Un pion à 5 milliards

mercredi 9 juin 2010

Voilà donc que débute le procès de Jérôme Kerviel, le trader le plus coûteux de la planète. Pas à cause des bonus qu’il a encaissés, mais du gros malus qu’il a infligé à la Société Générale. A l’insu du plein gré de la banque, apparemment, si l’on suit le raisonnement de l’avocat du trader, Me Olivier Metzner : c’est le système qui serait responsable, le prévenu étant « un pion, un pion qu’on a utilisé et dont on a tiré profit, et, quand on n’a plus eu besoin lui, qu’on a jeté ». Pour jeter un pion qui a coûté cinq milliards, faut quand même avoir les moyens. Mais d’un autre côté, les allégations de l’avocat sont crédibles : pour que les activités dites « de marché », c’est-à-dire la spéculation, aient pu générer l’essentiel des (énormes) profits des banques, il fallait bien que ces dernières s’exposassent à des risques proportionnels. Et donc que les traders prissent des positions plus sportives que ne le suggère le règlement intérieur…

Du reste, le casino boursier ayant largement rouvert ses portes, il est permis de penser que de jeunes Kerviel sont en train de s’épanouir dans les salles de marché. Car si ce business rapporte un maximum aujourd’hui, c’est surtout parce que les banques ne sont pas étrangères au déclenchement des mouvements spéculatifs dont elles profitent, comme si elles naviguaient sur un flot continu de quasi-opérations d’initiés. Lesquelles sont prohibées, comme chacun sait. Mais à force de déréglementation forcenée, la planète financière s’est affranchie de bien des contraintes, jusqu’à celles de la morale.

Toutefois, dans les innombrables paris que lancent chaque jour les traders, il en est forcément qui sont perdants. On a vu récemment se creuser un énorme trou sur l’indice DowJones : 10% en un quart d’heure, c’est un séisme, difficilement explicable par la maladresse d’un opérateur qui aurait confondu milliers et milliards… Mais conforme à la panique qui saisit les traders, humains ou électroniques, quand les cours évoluent rapidement dans le mauvais sens. On ne pourra pas toujours rectifier de prétendues maladresses en annulant des transactions qui fâchent. C’est la loi du genre : un jour ou l’autre, la spéculation à haut risque génère de très hautes pertes.

La recette du jour

Beignets à la Kerviel Vous êtes pâtissier dans un grand restaurant. On vous commande une assiette de pets-de-nonne. Pendant que vos collègues ont le dos tourné, vous en fabriquez toute une congrégation. S’ils sont réussis, le Chef vous gronde et vous accorde une prime. S’ils sont ratés, prenez immédiatement contact avec Me Olivier Metzner. Et retirez 5 milliards de votre livret d’épargne pour couvrir les dommages et intérêts.

mercredi 9 juin 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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