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Trichet : sa parole est d’or…

Trichet : sa parole est d'or…

vendredi 7 mai 2010

Le Président d’une Banque centrale est une personnalité de premier plan, cela va sans dire. Il est donc naturel que chacune de ses interventions publiques soit disséquée avec autant de soin qu’une grenouille de laboratoire. Chacun se souvient des conférences de presse du célèbre Alan Greenspan, patron de la FED pendant plus de trois lustres et sacré « gourou des marchés » pour ses talents supposés de sorcier de la finance. Ses déclarations étaient volontairement aussi sibyllines que celles du Sphinx, au point qu’il déclara lui-même : « Si vous avez compris ce que je veux dire, c’est que je me suis mal exprimé ». Sacré farceur, le vieil Alan.

Son homologue en titre à la BCE, Jean-Claude Trichet, affiche au contraire l’humour d’un coffre-fort dont on aurait perdu la clef. Ce n’est pas la seule différence avec Greenspan : ses discours sont extraordinairement limpides. A l’exception des anglophones, tout le monde comprend son anglais, à la syntaxe brute de décoffrage et au vocabulaire aussi riche qu’un fromage de régime. Mais il n’a pas la cote auprès des observateurs, allez donc savoir pourquoi. Il suffit qu’il déclare : « "Un défaut de la Grèce est pour moi hors de question » et les obligations athéniennes s’enfoncent davantage. Quant aux risques qui planent sur l’Eurozone, qu’en est-il, monsieur Trichet ? Réponse : « La Grèce et le Portugal ne sont pas sur le même bateau ; le Portugal n’est pas la Grèce, l’Espagne n’est pas la Grèce ». Bon, on voit qu’il connaît sa géographie, notre Banquier central, même s’il fait flotter la Grèce et le Portugal. Aussitôt après ces paroles fortes et convaincantes, l’euro subissait une attaque supplémentaire sur le marché des changes. Heureusement qu’il n’a rien dit de la Grande-Bretagne… Convenons-en, l’intervention de Trichet à Lisbonne n’a rien apporté que l’on ne sût déjà. Au lieu de rédiger lui-même des discours convenus de haut-fonctionnaire français, et les lire avec cette morgue qui exaspère les Etrangers (et aussi pas mal de Français, avouons-le), il devrait confier le boulot à une stagiaire en communication. C’est du spectacle, coco, il faut un peu de peps ! Le scoop véritable avait déjà été (volontairement) éventé : la BCE continuera de prendre en pension les titres grecs, quelle qu’en soit la (déplorable) notation. Et savez-vous pourquoi ? Parce que la Banque a toute confiance dans le redressement de la Grèce. Elle est bien la seule : même le clodo du coin de la rue n’y croit plus. Les marchés pas davantage : ils ont salué la déclaration de Lisbonne en massacrant les obligations et en fusillant les actions. Et ils ont porté le lingot à plus de 30.000 euros, son plus haut historique. Chapeau, coco !

vendredi 7 mai 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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