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Poker monétaire

Poker monétaire

jeudi 6 mai 2010

On ne s’étonnera pas de l’expansion considérable de la popularité du poker, ce jeu qui colle bien à la psychologie des cow-boys de la « conquête de l’Ouest » et, d’une façon générale, à l’esprit américaniste. Le but consiste à dépouiller les autres concurrents, dans une stratégie qui conjugue la raison statistique, les fruits du hasard et la rouerie du bluff. Et accessoirement, la triche. Au poker, à niveau technique égal, celui qui dispose des plus gros moyens, réels ou supposés, jouit d’un avantage sur les autres, à moins d’être affligé d’une poisse persistante. Car il peut se risquer plus souvent au bluff, cette arme de dissuasion massive qui conduit les concurrents à abandonner le combat.

Cela fait des décennies que les Américains cherchent à rafler la mise par la finance, en inondant la planète de leur monnaie – le pouvoir de fabriquer du dollar, c’est-à-dire le droit de tricher en permanence, leur permet de se recaver continument. Si un seul joueur de la table dispose de moyens illimités, les autres peuvent se coucher tout de suite. Ou accepter le caractère inéluctable de leur ruine, à plus ou moins longue échéance. Au moins tant que l’on joue exclusivement avec du dollar… En ce sens, la création de l’euro a constitué un contre-feu potentiel à l’hégémonie de la monnaie américaine. Mais le patron de notre BCE a été statutairement privé du pouvoir de tricher, ce qui n’est pas le moindre paradoxe au vu du nom qu’il porte. La Banque centrale européenne ne peut financer directement les besoins des Etats, ce dont ne se privent pas ses homologues américaine et britannique. Mais, ce qui revient (presque) au même, la BCE accepte en garantie les titres souverains acquis par les banques commerciales, afin de refinancer ces dernières, pour peu que le papier en cause soit convenablement noté. Or la note de certains Etats-membres, notamment celle de la Grèce, a dégringolé au-dessous du seuil de tolérance. Si bien que nos banques, qui détiennent un gros paquet de ces créances (en dépit de leurs allégations rassurantes), se trouvent fort dépourvues maintenant que la bise est venue. D’une part, elles sont exposées à des dépréciations importantes de leur portefeuille, attentatoires à leur solvabilité ; d’autre part, ne pouvant plus offrir ce papier à la BCE contre des financements, elles sont condamnées au tarissement des liquidités. A moins que… A moins que la BCE ne tente un nouveau coup de bluff. Et enterre ses règles sécuritaires. C’est sans doute ce qu’elle décidera ce soir à Lisbonne, en acceptant de refinancer le papier frelaté. Voilà une bonne nouvelle : on va enfin pouvoir obtenir un crédit hypothécaire sur la niche du chien et sur le vélo du petit.

jeudi 6 mai 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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