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Le (men)songe d’Attali

Le (men)songe d'Attali

jeudi 10 juin 2010

« La croissance est la seule façon de régler la dette » prophétise M. Jacques Attali. Si « régler la dette » signifie la rembourser, personne ne le contredira. Pas plus que s’il avait ainsi formulé sa pensée : une bonne santé constitue le meilleur antidote contre la maladie. Ou dit autrement : pierre qui roule n’amasse pas mousse. Emanant d’un X-Mines, énarque, diplômé de l’IEP, Docteur en Sciences Economiques, écrivain prolifique à ses moments perdus et crédité d’un bilan controversé quand il exerça de hautes responsabilités, une telle puissance d’analyse ne surprendra pas. Mais elle ne sera pas d’un grand secours à l’Elysée, où M. Attali a de nouveau été reçu avant la remise du rapport de la Commission sur la croissance qu’il préside, dans le prolongement de sa fameuse synthèse « sur la libération de la croissance française », remise en 2008 au Président de la République, et riche de « 300 décisions pour changer la France » à l’horizon… 2012. La France a bien changé depuis, reconnaissons-le : elle se porte beaucoup plus mal. Mais soyons juste : l’ancien rapport d’Attali n’y est pour rien ; le prochain ne contribuera pas davantage aux difficultés qui nous attendent. En foi de quoi est-il bien possible que son auteur, comme l’Athalie racinienne, en soit affecté :

Mais un trouble importun vient, depuis quelques jours, De mes prospérités interrompre le cours. Un songe (me devrais-je inquiéter d’un songe ?) Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge : Je l’évite partout, partout il me poursuit.

Voilà pourquoi on trouvera en librairie son opus trimestriel paru le mois dernier : « Tous ruinés dans dix ans ? », où le point d’interrogation entretient le suspense. Pas longtemps, en fait : comme tout énarque, M. Attali est un spécialiste de la généralité et mouline l’air du temps avec un savoir-faire éprouvé. Si bien que, selon lui, la croissance salvatrice est supposée advenir sous la protection d’une rigoureuse austérité. Vous l’avez reconnu : c’est le refrain à la mode. On peut donc enlever le point d’interrogation : nous serons (presque) tous ruinés, et ce avant dix ans. Sauf M. Attali, qui publiera alors un livre nous expliquant pourquoi – mais tout le monde aura déjà compris depuis longtemps.

La recette d’Attali

Si vous êtes un gâte-sauce indécrottable, écrivez plutôt un livre de cuisine.

jeudi 10 juin 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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