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La parabole du bouchon chinois

La parabole du bouchon chinois

jeudi 26 août 2010

Les vacanciers qui ont projeté de regagner leurs pénates le week-end prochain appréhendent sans doute les embouteillages probables, sinon certains, qu’ils devront endurer sur notre territoire. Ce qui permettra à nombre d’entre eux de pester contre les insuffisances de notre logistique routière, contre la malveillance de la météo, contre la propension des Français à se déplacer tous en même temps alors qu’il y a douze mois dans l’année. Et la liste des griefs n’est pas exhaustive. Voilà qui est normal : l’Hexagonal aime bien pester, surtout contre ceux de ses congénères qui se comportent comme lui. C’est-à-dire ingénument. Et encore passera-t-on sous silence les imprécations de nos concitoyens qui ont choisi de voyager en Chine, et qui ont eu la mauvaise idée d’emprunter en voiture la voie dite « rapide » Pékin-Zhangijiakou. Car les travaux en cours sur cet axe ont cristallisé un embouteillage géant depuis… le 14 août. Certains s’apprêtent à boucler une semaine de détention dans leur bagnole, sous les normes de confort que l’on imagine et qui feront passer les prisons chinoises, dont la rusticité est légendaire, pour des hôtels de luxe. Seuls les riverains de l’autoroute se réjouissent, en vendant aux prisonniers mets et boissons à des prix qui feraient rougir de honte les épiceries fines parisiennes.

L’événement reflète une image éclairante des dommages collatéraux causés par l’outrance de l’industrialisation à marche forcée, où l’impatience de produire en masse fait négliger les infrastructures appropriées. Cela revient à poser un moteur de Formule 1 sur un cadre de bicyclette, à construire un méga-supertanker au milieu du désert, ou à organiser une fête de la bière sans prévoir de toilettes pour les participants. Le gigantesque bouchon chinois offre également une bonne parabole des blocages auxquels sont exposées les sociétés occidentales, dont la richesse présumée résulte, pour une large part, de la généreuse distribution de crédits qui ne pourront jamais être remboursés, en dépit de la croyance contraire. La seule prise de conscience d’une insolvabilité généralisée pourrait alors provoquer un bouchon monstrueux sur l’autoroute à quatre voies de l’économie mondiale. Qui compte trop peu de riverains pour sustenter, même à prix usuraires, les cohortes d’assiégés potentiels.

La recette du jour

Banquet à la Pékin-Zhangijiakou

Si vous habitez un studio minuscule, invitez à votre table tous les habitants de la ville pour un banquet mémorable. Prévoyez un dîner plantureux pour quatre couverts et vivez le restant de vos jours sur votre réputation de mécène local.

jeudi 26 août 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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