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Emotions boursières

Emotions boursières

lundi 7 juin 2010

On ne saurait délivrer un diagnostic sur la santé mentale des analystes de marché. Difficile en effet de décider s’ils élaborent sciemment une fiction propagandiste ou s’ils croient vraiment à leurs élucubrations. L’exemple le plus bouleversant vient d’être donné avec la publication des statistiques mensuelles de l’emploi aux Etats-Unis : les « experts » pronostiquaient 513.000 créations de postes le mois dernier ; il n’y en a eu que 431.000 et sur ce montant, plus de 400.000 correspondent à l’embauche d’agents de recensement par les autorités fédérales. Des emplois qui ne sont pas précaires, mais plutôt totalement éphémères. D’autant plus que la population américaine n’est recensée que tous les dix ans. Ajoutez au chômage officiel (9.7%) les cohortes de désœuvrés qui ont renoncé à rechercher un travail, plus ceux qui n’ont que quelques heures d’activité par semaine (et à ce titre ne sont pas comptabilisés dans les statistiques), et vous obtenez un taux réel de chômage supérieur à 25%. Elle est donc là, la reprise ?

Un tel déni de la réalité laisse pantois. Il faut croire que les observateurs ne connaissent de l’Amérique que leur bureau climatisé de Manhattan, et que les autorités politiques mesurent la prospérité de leurs concitoyens par sondage des jardiniers de la Maison-Blanche. Quant aux financiers, qui ne quittent leur voiture blindée que pour s’engouffrer dans leur bunker résidentiel, l’état réel du pays leur est étranger, et celui du monde indifférent – sauf si quelque catastrophe devait favoriser une spéculation juteuse. Comment s’étonner alors que les Bourses réagissent brutalement aux chiffres catastrophiques de l’emploi US, qui pourtant étaient aussi prévisibles que Noël en décembre ?

La réponse est terrifiante : ll semble bien que s’était installée la croyance en un prochain retour à bonne fortune de l’économie mondiale. La conviction que la situation antérieure allait se rétablir après quelques indispositions passagères. Hélas, trois fois hélas : ce scénario hollywoodien n’est pas seulement hypothétique, ni même improbable : il est tout bonnement invraisemblable. Le moteur du paquebot économique est cassé et l’usine de fabrication n’a pas encore conçu les plans de reconstruction. Entretemps, il va falloir souquer ferme pour ne pas se faire engloutir par la vague d’une dépression.

La recette du jour

Tambouille d’analyste

Mixez ensemble une poignée de chardons, un sac de chiendent, quelques vieilles ronces et une pelletée de galets de rivière moussus. Ajoutez une bouteille de vinaigre et un verre d’eau de javel, puis tentez de vous persuader que vous êtes Paul Bocuse. Goûtez la préparation le plus tard possible : si vous vomissez tripes et boyaux, vous n’êtes pas Paul Bocuse.

lundi 7 juin 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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