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Austérité à la Crésus

Austérité à la Crésus

lundi 28 juin 2010

Les Canadiens sont des hôtes remarquables. Et pas chiches. Ils avaient insisté pour recevoir le dernier G20 à Toronto, sachant que ce sommet était plutôt moins utile que les précédents et que les protagonistes allaient se castagner. Bon gré mal gré, les Européens ont emboîté le pas cadencé de l’Allemagne, et défendu le retour à une stricte orthodoxie budgétaire. C’est-à-dire l’austérité à la mode prussienne, avec menace d’amendes ruineuses et du peloton d’exécution pour les contrevenants. Les Américains, qui, eux aussi, sont dans la mélasse, aimeraient au contraire que le reste du monde ne serre pas trop les cordons de la bourse. Car la rigueur budgétaire, c’est un luxe de riches : les pauvres sont bien obligés de vivre au-dessus de leurs moyens s’ils veulent rester en vie pour connaître des jours meilleurs. Il a donc raison, Tim Geithner, le Secrétaire au Trésor US, même s’il est aussi sympathique qu’une porte de prison et qu’il inspire autant de confiance qu’un joueur de bonneteau. Et puis les Canadiens avaient déjà annoncé la couleur sur le projet de taxe bancaire : leurs établissements étant réputés plus vertueux que n’importe quel autre, il n’est pas nécessaire de les contraindre à mettre de l’argent de côté pour financer d’éventuelles divagations. Les banquiers canadiens ne divaguent pas, monsieur. De toute façon, la messe était dite : même Obama avoue qu’il n’a aucun pouvoir face au lobby bancaire. Mais que l’on se rassure, cet échec est sans conséquences : vouloir guérir le système financier avec une taxe, c’est aussi efficace que de combattre le typhus avec des pastilles Valda.

Alors, direz-vous, à quoi donc a servi le G20 de Toronto ? C’est un « sommet d’étape », selon la courtoise formule de notre Président, ou « de transition » selon les autres, qui sont moins bien éduqués. Mais la traduction est la même : un sommet pour rien sur la route de nulle part. Enfin, pas tout à fait pour rien : il aurait coûté 1.2 milliard de dollars aux Canadiens, qui trouvent le prix exorbitant pour un chipotage international sur la meilleure recette de l’austérité. Ils sont injustes. Car le communiqué final est un petit chef d’œuvre de dialectique en loupe d’érable : nos dirigeants s’engagent à accélérer avec les deux pieds sur le frein, ou à freiner avec les deux pieds sur l’accélérateur – selon les subtilités de la traduction. Il ne faudra donc pas s’étonner des probables dérapages incontrôlés.

La recette du jour

Steak de wapiti à la G20

Vos invités raffolent du steak haché de wapiti mais vous ignorez s’il se consomme cru ou cuit. Disposez les steaks dans une poêle et mettez-la sur le feu. Enfermez le fourneau dans le réfrigérateur et insérez ce dernier dans un congélateur. Si la recette est réussie, votre maison doit brûler avant l’arrivée des invités : vous n’aurez ainsi mécontenté personne.

lundi 28 juin 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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