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Voir Bâle et sourire

Voir Bâle et sourire

lundi 13 septembre 2010

Les régulateurs de la finance et autres grands argentiers ont un emploi du temps tellement compact, pour traiter leurs affaires ordinaires, qu’il leur faut se réunir le dimanche lorsqu’il s’agit d’aborder les sujets importants. C’est donc hier qu’ils se sont rassemblés pour arrêter le dispositif baptisé « Bâle III », destiné à fixer les règles auxquelles devront se soumettre les banques, afin de prévenir le risque systémique. Celui qui a dernièrement conduit les Etats à mobiliser le contribuable pour renflouer les établissements déplumés. Voilà une sage détermination, car papa ne pourra plus payer l’addition si ses enfants de la finance reprennent leurs frasques coûteuses. Il a donc été décidé d’obliger les banques à posséder un peu d’argent personnel pour faire leur métier, au lieu de se servir quasi-exclusivement de celui de leurs clients sans leur demander leur avis. Ils ne sont pas très contents, nos banquiers, de devoir acquérir leur résidence principale, au lieu de squatter impunément la propriété d’autrui. On les comprend : il va leur falloir augmenter considérablement leurs fonds propres.

Leurs « vrais » fonds propres, surtout. A ce jour, il suffit que le capital social, augmenté des réserves légales, atteigne 2% de leurs engagements… pondérés du risque spécifique. Les opérations considérées comme peu risquées comptent pour du beurre, ou presque, si bien qu’il n’est pas rare de voir des banques engagées à hauteur de 30 fois leurs fonds propres « durs ». Inutile de préciser que le moindre zéphyr défavorable les met sur la paille en deux coups de cuillère à pot. Désormais, les fonds propres en question devront être portés à 4.5%. Et les régulateurs ont imposé un « matelas de sécurité » dit anticyclique – des provisions supplémentaires à constituer en périodes de vaches grasses –, à hauteur de 2.5% (au maximum). En outre, un nouveau ratio de liquidités va être institué, mais son niveau n’a pas encore été arrêté. De telles exigences peuvent paraître bien peu contraignantes aux yeux du pékin, et il est difficile de lui donner tort. Mais ces mesures devraient obliger les seules banques françaises à lever 150 milliards d’euros. Ce qui fait quand même beaucoup de sous. Heureusement, le Comité de Bâle s’est montré conciliant pour pouvoir décrocher le consensus. Les banques ont jusqu’en 2015 pour tricoter leurs fonds propres, et jusqu’en 2019 pour rapetasser leur matelas. C’est comme si l’on accordait un délai de dix ans aux compagnies de taxis pour équiper tous leurs véhicules de freins : avant l’échéance, il est probable que l’on comptera de nombreux accidents mortels.

La recette du jour

Culture à la Bâle III

Vous êtes céréalier et rompu aux méthodes de gestion moderne. Sur votre récolte, prélevez deux grains pour les semences prochaines et deux grains de plus pour calmer l’angoisse de votre Commissaire aux comptes. Si vos réserves s’avèrent insuffisantes, exigez une subvention de l’Etat. Si cela ne suffit pas, dépouillez votre voisin précautionneux et continuez de mener grand train.

lundi 13 septembre 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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