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La roulette de Chicago

La roulette de Chicago

mardi 26 octobre 2010

Avec un peu de patience, on devrait voir disparaître le métier de courtier en assurances, qui sera remplacé par celui de courtier en bourse. Même si vous n’êtes pas personnellement exposé à un risque particulier, vous pouvez vous « assurer » sur la Bourse de Chicago, c’est-à-dire spéculer sur la survenance ou la non-survenance dudit risque. Un ouragan dans le Golfe du Mexique l’année prochaine ? Une chute de neige à New-York pour Thanksgiving ? Un coup de gel à Washington pour le Memorial Day ? Ces événements vous indiffèrent, vu que vous ne quittez jamais votre Plougastel natal. Mais vous pouvez parier sur eux, grâce aux fameux Credit default swaps, les CDS de sulfureuse réputation qui vous autorisent à miser sur la banqueroute de la Grèce, de l’Irlande ou de n’importe quel Etat, même si vous ne détenez aucune créance sur ces pays. Le Lloyd’s de Londres, depuis longtemps spécialisé dans la couverture des risques à caractère exceptionnel, est en train de se faire souffler son marché historique. Mais les « names », ces particuliers actionnaires qui garantissent la célèbre compagnie sur leurs biens personnels, peuvent maintenant tenter de se ruiner directement sur le marché. C’est affreusement démocratique.

La dernière trouvaille de l’ingénierie financière de Chicago, c’est la pluie. A partir du mois prochain, on pourra donc miser sur le niveau des précipitations dans neuf grandes villes américaines, au motif que les conditions météorologiques ont une incidence sur nombre d’industries (l’agroalimentaire avec la production agricole, par exemple, ou l’industrie du spectacle, sensible au temps qu’il fait). Ce qui est intéressant dans la finance, voyez-vous, c’est l’effet de levier : plus l’événement est hypothétique, plus le gain potentiel est élevé. Comme au Loto. Personne n’a plus la patience, désormais, de s’enrichir gentiment par le fruit de son travail et de son épargne : le jeu généralisé répond à ces nouvelles attentes, en fabriquant des cohortes de décavés pour une poignée d’heureux gagnants qui raflent la mise. L’initiative de Chicago a au moins un avantage : valoriser la profession de météorologiste, qui devrait ainsi recruter de nouveaux candidats. Et de ce fait réduire le chômage américain, dont la variation mensuelle constitue, depuis longtemps, un objet de spéculation. Vous verrez qu’un jour prochain, la Bourse inventera un CDS permettant de coter le risque de sa propre ruine. Dans un monde virtuel, la créativité n’a pas de limites…

La recette du jour

Cagnotte à l’américaine

Vous vivez comme un pharaon sans en avoir les ressources. Vendez des CDS garantissant les porteurs contre le risque de votre ruine. Lorsque le sinistre se produira, félicitez les heureux gagnants de leur clairvoyance et excusez-vous auprès d’eux de ne pouvoir les payer. Vu que vous êtes ruiné. Avec le magot que vous avez enterré, devenez courtier en précipitations à la Bourse de Chicago.

mardi 26 octobre 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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