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La rhétorique du déficit

La rhétorique du déficit

mardi 28 septembre 2010

Comment va la Sécu, Docteur ? Eh bien, si l’on en croit le chirurgien-en-chef, son état se situe entre le critique et le désespéré : « Notre objectif pour l’année prochaine, c’est de garrotter l’hémorragie et d’être en dessous si possible du niveau de 2010 » a déclaré François Baroin, peu avant le dépôt du projet de loi pour son financement l’année prochaine. On comprend l’émotion du Ministre, qui pour l’occasion a recours aux ressources anesthésiantes de la rhétorique : par synecdoque, il « garrote l’hémorragie », une technique ignorée par l’enseignement de la Faculté. Essayez donc de passer le nœud coulant à une rivière en crue. Mais la formulation imagée évite de préciser quels sont les membres du corps social auxquels il faudra serrer le kiki. Les assurés ? Le système de soins ? Le contribuable ? C’est dire si la situation est préoccupante, car la pose d’un garrot a d’ordinaire pour effet d’interrompre totalement l’hémorragie ; au cas présent, cette dernière va se poursuivre en dépit des soins intensifs prodigués. Mais avec l’aide de la Providence, il est « possible » qu’elle se réduise.

La Sécu étant un familier affectionné, il convient de ne pas traumatiser ses proches. Ce pourquoi le Ministre use de la brume sémantique, une nouvelle technique rhétorique qui emprunte à la météorologie, lorsqu’il fixe l’objectif « d’être en dessous du niveau actuel ». On suppose que l’ambition sous-jacente est de réduire le déficit, car aucun responsable ne peut souhaiter à la Sécu de s’enfoncer au point de tomber au trente-sixième dessous. La difficulté réside dans le rôle que les Parlementaires accorderont à la Cades, la fameuse Caisse d’amortissement de la dette sociale, à laquelle sont transfusés les déficits hémorragiques. A l’origine de sa création, en 1996, l’amortissement devait être achevé en… 2009. Par poussées successives, l’échéance a été reportée en 2021. Et il est question de la repousser à 2025 – pour la dernière fois, promis juré. D’aucuns craignent, non sans justes motifs, que le diagnostic ne soit erroné et que le traitement ne s’apparente à un acharnement thérapeutique sans lendemain. Qui ne durera pas jusqu’à la saint glinglin.

La recette du jour

Rhétorique en conserve

Boulottez scrupuleusement votre patrimoine et empruntez pour votre train de vie. Emplissez votre tirelire des dettes correspondantes et faites promettre à vos enfants de respecter l’héritage. S’ils refusent la succession, c’est qu’ils sont hermétiques à la rhétorique : au moins aurez-vous réussi leur éducation.

mardi 28 septembre 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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