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La grogne nosocomiale

La grogne nosocomiale

jeudi 14 octobre 2010

Il y a un parfum de spleen dans l’agitation présente. Comme si toutes les catégories de la population demandaient, avec la candeur du Petit Prince : « Dessine-moi une grève ». Car une grève générale est le grand défouloir que représentait le Carnaval au Moyen-âge, où le manant se déguisait en prince et le prince en manant. Une chienlit indescriptible qui durait le temps de la fête, et tout redevenait comme avant – la gueule de bois en supplément. Les syndicats rêvent de se convaincre de leur capacité à mobiliser ; le pouvoir ambitionne de démontrer que sa raison est la meilleure ; les salariés ont besoin de brailler leur mécontentement diffus, les ados d’éprouver leur libido ailleurs que sur les bancs publics. Tout le monde a besoin d’exprimer son sentiment d’exister. Mais avec un esprit petit-bourgeois : il faut rester raisonnable, car ce sont toujours les mêmes qui balaient les confettis après la fête. Et puis la grève coûte cher : au budget de l’Etat, à la caisse des syndicats, au salaire des manifestants, aux examens des étudiants. D’accord pour l’omelette, mais on aimerait bien conserver les œufs.

C’est sans doute que la bonne foi est absente des protestations du moment. La réforme des retraites est l’arbre squelettique qui cache l’angoisse commune devant les incertitudes de l’avenir. Les foules demandent au gouvernement qu’il leur offre les rêves tangibles d’un confort popote. Mais chacun pressent que les belles années d’une croissance douillette ont été bâties sur des faux-semblants. En foi de quoi l’opinion exige-telle que soient rétablies les illusions de naguère, où l’on jouait à la lutte des classes dans un climat bon-enfant : je te fais une grosse manif, tu m’accordes quelques concessions. Tout le monde sauve la face. Seulement voilà : les règles du jeu ont changé. Et l’on n’a pas encore découvert l’antibiotique qui soigne le malaise des temps nouveaux, où le patient est affligé d’une carence en espérance. Si bien que de rechute en rechute, nos dirigeants n’ont pas tort de craindre que le mal n’empire et ne gagne toutes les parties encore saines du corps social.

La recette du jour

Diète de compassion

Par solidarité avec le gouvernement, qui sera conspué quoi qu’il fasse ou ne fasse pas, le cuisinier se met à la diète. Jusqu’à l’heure du déjeuner.

jeudi 14 octobre 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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