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La finance d’Ugolin

La finance d'Ugolin

mardi 2 novembre 2010

On croyait benoitement que le métier de banquier était un long fleuve tranquille. Un fleuve que les intéressés descendent dans une superbe indifférence au monde extérieur, comme des pharaons portés par le mol allant des felouques nilotiques. Eh bien, on se trompait. Ou peut-être pas. Comme en témoigne le feuilleton de la banque UBS, cette grande firme suisse qui a fait une indigestion pour s’être gavée de toxines américaines, cuisinées à partir de subprime frelatés. Son traitement a nécessité la mobilisation de l’artillerie lourde, du contribuable à la Banque centrale. On pensait que le patient aurait attaqué les empoisonneurs américains jusqu’à leur faire rendre gorge, et que Guillaume Tell aurait sorti de la remise son arbalète judiciaire. En fait, c’est plutôt le contraire qui s’est produit : l’administration US a commencé par pilonner la Suisse et ses banques, pour racolage actif de contribuables volages et pour pratiques honteuses dans le secret de ses coffres. Et ça a marché : les nomades yankees ont préféré confesser leurs péchés à l’administration, avant que les tenancières ne soient obligées de les dénoncer.

Le harcèlement continue. Voilà maintenant que les actionnaires américains d’UBS, en particulier les institutions et fonds de pension, attaquent les anciens dirigeants de la banque, au motif qu’ils leur auraient caché l’exposition réelle aux subprime, celle qui a causé des pertes monstrueuses et fait baisser le cours de l’action. Et les actionnaires non-américains cherchent à emprunter la navette de la class action engagée aux States – sorte de procédure collective dont les avocats raffolent, pour les honoraires pharaoniques qu’elle génère. Nul ne sait à ce jour ce qu’il en résultera. Mais la nouvelle direction d’UBS a annoncé la couleur : ses prédécesseurs ne seront pas inquiétés. Si condamnation il doit y avoir, c’est…. la banque qui paiera. Les actionnaires seront donc indemnisés par amputation de la firme déjà chancelante, qui amoindrira encore la valeur de leur propriété. Dans La Divine Comédie de Dante, Ugolin était condamné à manger ses enfants. Dans sa version moderne, la malédiction dantesque conduit les investisseurs à l’auto-cannibalisme. Ce n’est peut-être pas plus mal : les enfants survivront.

La recette du jour

Divine Comédie en bouillon

La disette frappe à votre porte mais vous avez lu tous les livres : vous ne serez pas Ugolin. Epargnez vos enfants et cuisinez un bouillon avec la Divine Comédie : vous saurez enfin à quoi sert une bonne bibliothèque.

mardi 2 novembre 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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