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La BCE et l’Ebéniste

La BCE et l'Ebéniste

lundi 17 janvier 2011

On regrettera Jean-Claude Trichet quand il quittera ses fonctions à la tête de la BCE. A tout le moins, il manquera aux commentateurs de la vie économique et financière, pour ses exceptionnelles qualités d’ébéniste – l’un des plus grands polisseurs internationaux de langue de bois. A l’ancienne : il ne se laisse jamais distraire par les questions des journalistes et ne supporte pas d’être interrompu quand il débite ses copeaux de litanies. Ce n’est pas vraiment un boute-en-train, notre Jean-Claude, mais il assume son rôle de grand-prêtre de l’orthodoxie monétaire, garant du respect à la lettre des textes du dogme. Cela dit, il semble que son probable successeur allemand soit un intégriste patenté, ce qui nous promet quelques raideurs dans la liturgie à venir…

D’un autre côté, en l’écoutant hier au Grand Jury de RTL, on se demande par moments si les journalistes qui l’interrogent parlent du même sujet que lui. Notamment lorsqu’il est question de l’afflux de capitaux asiatiques en Europe, venant financer la dette des Etats. Un phénomène appréhendé par les interrogateurs comme la prise de possession étrangère d’une partie de l’économie de l’Union. Alors qu’il s’agit de prêt d’argent : le prêteur détient une créance. Il « investit » dans l’espoir de percevoir des intérêts et de retrouver son capital. Il n’achète pas le pays emprunteur. Sauf – et l’on regrette que le débat n’ait pas porté sur cette question – si le créancier détient le droit absolu d’être remboursé quoi qu’il arrive, quitte à dépiauter ad vitam les citoyens de l’Etat dans la gêne. « C’est par les déficits que les hommes perdent leur liberté » disait en son temps Jacques Rueff, accréditant l’idée que dans l’ordre international, le droit des créanciers supplante tous les autres. Au vu de la masse de dette accumulée, seul un miracle de la multiplication des pains pourrait rendre les emprunteurs solvables. Si bien que la seule vraie question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir quelle part du fardeau écherra aux uns et aux autres. Une seule certitude : les créanciers ne retrouveront jamais toute leur mise, même sous la rigueur budgétaire et la flexibilité du travail prônées par Trichet.

La recette du jour

Récréation à la Pyrrhus

Vous êtes un écolier expert au jeu de billes. Grâce à vos talents et quelques tricheries, vous avez ramassé tout le capital de vos camarades. Si vous le conservez, vous mourrez d’ennui sous le mépris. Redistribuez alors votre stock et définissez de nouvelles règles. Puis recommencez la partie.

lundi 17 janvier 2011 , par Jean-Jacques Jugie


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