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Fidel l’apostat

Fidel l'apostat

mardi 14 septembre 2010

L’Histoire ne manque pas d’ironie. Au moment où se propagent des doutes sérieux sur la viabilité du système dominant – le capitalisme libéral –, sous l’effet des outrances d’une finance libérée de toute entrave, voilà que la dernière icône vivante du collectivisme triomphant apostasie le dogme qu’il a imposé à ses compatriotes depuis plus de 50 ans. Que «  le communisme ne fonctionne pas à Cuba  », tout le monde s’en était déjà rendu compte depuis longtemps. Les résultats n’étaient déjà pas brillants au temps des perfusions soviétiques ; ils sont désormais calamiteux comme n’importe quel touriste peut le vérifier. Il aura donc été nécessaire à Fidel d’endurer une maladie qui a failli le terrasser, puis quelques années de convalescence réflexive au crépuscule de sa vie, pour se rendre à une évidence que les Cubains eux-mêmes avaient mise à jour depuis des lustres. Mieux vaut tard que jamais dit l’adage ; mais en procédant à des licenciements massifs parmi l’effectif, pléthorique il est vrai, de ses fonctionnaires, Castro opère sa conversion en imposant des techniques de gestion libérale avant d’avoir libéralisé le pays. Une sorte d’amputation sans anesthésie.

« Au commencement était l’action  » affirme le Faust de Goethe. C’est semble-t-il la philosophie qu’ont de tout temps adoptée les régimes autoritaires. Et peut-être bien aussi ceux qui sont parés des vertus de la démocratie élective. On impose d’abord un mode opératoire, qui convient aux intérêts des forces dominantes. Puis les intellos sont chargés de légitimer l’action entreprise par un corpus théorique plus ou moins fumeux. L’économie n’échappe pas à cette règle, qui produit des théories à ce point divergentes que l’on ne peut raisonnablement la baptiser « science » : il n’y a pas une science physique libérale et une science physique léniniste. Par sa reddition sans conditions à l’adversaire qu’il a toujours combattu, et qui a pourtant un genou à terre, Fidel démontre que sa vision politique n’était pas conditionnée à une conception de l’intérêt général, mais à une banale obsession du pouvoir. On s’en doutait un peu ; la preuve est désormais administrée. Alors qu’une réforme raisonnée du « modèle » cubain aurait pu constituer un laboratoire enrichissant pour une alternative aux excès ravageurs du capitalisme intégriste, Castro jette le bébé avec l’eau du bain. Ses « réflexions » postopératoires n’ont manifestement pas la profondeur des abîmes marins, mais plutôt celle d’une baignoire cubaine (c’est-à-dire une bassine occidentale). Au commencement était l’action ; à la fin également.

La recette du jour

Pâté idéologique

Vous avez imposé à votre famille un mode de vie qui la condamne au régime exclusif de la pomme de terre. Promettez-lui que votre foi permettra bientôt d’ajouter du beurre à la purée. Quand la patate viendra à manquer, affirmez qu’elle est nocive pour la santé. Et que la diète est un antidote efficace contre la maladie.

mardi 14 septembre 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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