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Corneille à la retraite

Corneille à la retraite

vendredi 24 septembre 2010

« Nous partîmes 997.000 devant la Police ; et par un prompt renfort, nous nous vîmes 3 millions en arrivant au port syndical ». Voilà un extrait de la plus récente interprétation du Cid, transposée à la tragédie moderne des luttes sociales. Sans doute Corneille eût-il désavoué cette version, car il y a trop de pieds pour un alexandrin. Mais voyez-vous, Pierre, il ne faut pas s’émouvoir du massacre de l’esthétique poétique et du renoncement au subtil balancé d’un vers : au XXIème siècle, la tendance est au quantitatif. Prosodie et métrique n’intéressent plus personne. Certes, on compte toujours les pieds, mais ceux des manifestants. Et encore avec une méthode différente, selon que l’on est processionnaire militant ou spectateur engagé. Puis on divise le résultat par deux pour évaluer la grogne populaire. Grâce aux vertus de ce dénombrement à géométrie variable, gouvernement et syndicats sont également satisfaits de la journée de protestation : le premier a comptabilisé un attroupement, les seconds une multitude. Seuls les grévistes demeurent amers, au constat que leur marathon n’aura probablement servi qu’à se faire sucrer un jour de salaire.

Manifester pour une cause ne rend pas cette cause juste. On ne peut s’empêcher d’être attristé par la superfluité d’une telle débauche d’énergie, par un tel gaspillage de temps et d’argent. Car pour les uns et les autres, c’est le témoignage de l’aversion au changement, lequel s’impose pourtant à la société. Nos ancêtres du XVIIème siècle ne percevaient pas de retraite. Ce n’était pas ressenti comme un manque car leur espérance de vie à la naissance ne dépassait pas 25 ans. Et ces temps arriérés ont quand même produit, entre autres merveilles, le Palais de Versailles et les pièces de Corneille. Aujourd’hui que fleurissent des massifs de centenaires, comment imaginer que le système des pensions puisse perdurer en l’état ? C’est déroutant. Aussi déroutant que la décision du Directeur américain des Brevets, en poste lorsque Van Depoele conçut le principe de la locomotive électrique : il démissionna, au motif qu’après un tel exploit, il n’y avait plus rien à inventer. Vous vous en souvenez : c’était en 1873, au début d’une longue et cruelle dépression économique. Déjà. Un moment bien mal choisi pour demander une retraite anticipée. Mais enfin, reconnaissons quelques vertus à la cessation d’activité prématurée : si Corneille avait pris sa retraite à 60 ans, il nous aurait épargné Agésilas, Attila, Tite et Bérénice et Psyché. Qui sont des monuments… d’ennui.

La recette du jour

Mirliton de saison

Pendant votre vie active, concoctez autant que vous voulez des mirlitons à la confiture, ces petits gâteaux sur pâte sablée qui vous vaudront l’affection de vos proches. A votre retraite, abstenez-vous de composer des vers de mirliton : ils sont totalement indigestes et nuiront à votre réputation.

vendredi 24 septembre 2010 , par Jean-Jacques Jugie


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