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Caligula et la transparence

Caligula et la transparence

lundi 29 novembre 2010

Vous vous souvenez de cette fameuse réplique du Caligula de Camus : « Allez annoncer à Rome que sa liberté lui est enfin rendue, et qu’avec elle commence une grande épreuve ». La liberté des peuples a été, et demeure, la grande affaire du messianisme démocratique dont la grâce s’est répandue sur la planète – le plus souvent à la force du canon. Remplacez « liberté » par « transparence » et vous conférez une nouvelle jeunesse à la saillie de Caligula. Il ne suffit plus que les gouvernements garantissent aux citoyens leur liberté ; il faut maintenant que leur action, leur parole et bientôt leur pensée (s’ils en ont une) ne pêchent pas contre la transparence. Car cette dernière constitue la vertu insurpassable, le révélateur chimique qui permet de détecter dans la gouvernance toute trace de non-dit peccamineux, de calcul hérétique ou de rouerie satanique. Vous l’avez compris : la transparence est un idéal soumis à l’exigence de perfection de l’espèce humaine. Celui qui prévaut dans le royaume des cieux.

En attendant cette échéance hypothétique, la politique est condamnée à harceler sans relâche les ennemis déclarés et à soupçonner les amis supposés de duplicité latente. Surtout au plan international. En foi de quoi le dévoilement en cours des liasses de télégrammes diplomatiques de l’Oncle Sam promet de générer de grandes épreuves. Car il va devenir notoire que les diplomates en poste n’ont pas tous la finesse d’analyse des Joseph de Maistre, Chateaubriand ou autres Stendhal, ni les talents de plume des Claudel, Morand, Giraudoux ou autres Saint-John Perse, dont la notoriété posthume, il est vrai, relève davantage de la gloire littéraire que de la science diplomatique. Car il va devenir évident que le rôle de ces éminentes Excellences, sensées représenter dignement leur nation en terre étrangère, est principalement confiné à celui de l’espionite de concierge. A la propagation de ragots d’initiés, que l’on collecte après-boire dans les dîners mondains ou avec prébendes auprès des chauffeurs de maître et des soubrettes. Le rideau pourrait s’ouvrir sur un spectacle déprimant : des Etats principalement dirigés par des autorités au verbe haut mais au petit-pied, soumises à la banale médiocrité des passions humaines. Des Caligula insignifiants. Transparents, en somme.

La recette du jour

Tambouille à la Caligula

Baptisez Incitatus votre cheval favori et envisagez de le présenter comme candidat à la députation. Si le site Wikileaks dévoile l’information, licenciez votre garde prétorienne, faites-vous transparent et priez pour que le Ciel vous vienne en aide.

lundi 29 novembre 2010 , par Jean-Jacques Jugie

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