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Les Français en photo

 Les Français en photo

Le tableau synthétique de l’économie française, que publie chaque année l’Insee, apporte une foule d’enseignements. Et pas toujours sur les thèmes convenus. On relève cette année que si les ménages ont un peu souffert, les institutions financières sont mal en point. Les chiffres relatifs à l’étude sont, pour l’essentiel, ceux de l’exercice 2009.

65,8 millions. Telle est la taille désormais atteinte par la population française. Qui doit sa croissance soutenue à l’excédent des naissances sur les décès plus qu’aux effets de l’immigration, même si le taux de nuptialité continue de baisser. Il n’empêche que selon l’Insee, un Français sur trois aura plus de 60 ans à l’horizon… 2060. Bon, à cette échéance, la plupart des actifs d’aujourd’hui n’auront pas eu à connaître le sinistre des régimes de retraite, inévitable dans un tel contexte. A moins que, d’ici là, l’entrée dans la vie professionnelle ne soit rendue obligatoire dès la puberté. Les « Tableaux de l’économie française » que publient régulièrement l’Insee donnent chaque fois l’occasion d’ausculter notre société, et de prendre la mesure de son évolution. C’est surtout sur les longues périodes que les changements sont les plus parlants : si l’on vous dit que les Français picolent moins, vous aurez de la peine à le croire à l’heure de l’apéritif. Pourtant, sur les cinquante dernières années, la consommation moyenne d’alcool a été divisée par deux. Et ce n’est pas par manque de moyens, même si la progression du pouvoir d’achat lanterne un peu ces derniers temps : à titre d’exemple, le revenu primaire brut de l’ensemble des ménages (1 293 milliards d’euros) a été multiplié par quarante depuis 1960. Si bien qu’aujourd’hui, le revenu disponible par habitant s’établit à environ 18 000 euros, sachant que les prestations sociales représentent un peu plus de 30% de ce montant. Les chiffres démontrent ainsi que nous sommes loin d’avoir renoncé à l’Etat-providence, même si les embarras budgétaires récurrents renforcent la tentation d’en laminer les effets.

Chez nous, ce revenu disponible est à peine inférieur à celui de l’Allemand, mais très en-deçà de celui du Luxembourgeois, toujours en tête au palmarès de l’Union européenne (plus de 31 000 euros). En queue de peloton, les Roumains se contentent d’environ 2 000 euros, ce qui explique sans doute pourquoi nombre d’entre eux préfèrent sillonner nos routes nationales que demeurer sur leur sol. Quant aux « inégalités », mesurées en termes d’écarts de revenus, notre pays affiche un coefficient de Gini de 0,289 (0 étant l’égalité parfaite, 1 l’inégalité absolue). Par comparaison, ce coefficient s’établit à 0,2 dans les pays réputés très égalitaires (comme le Danemark ou la Suède) ; il est de 0,47 aux Etats-Unis ; 0,5 en Chine ; 0,6 au Brésil et environ 0,7 en Afrique du Sud, champion toutes catégories de l’inégalité. Bref, les Français vivent plus vieux avec un foie en meilleur état que celui de leurs parents, et des revenus convenables par rapport à ceux de leurs frères en Europe. Et avec 140 000 euros de patrimoine net par individu (nourrissons compris), le Français moyen semble correctement doté. Mais il s’agit bien entendu d’une moyenne et l’étude ne délivre pas d’informations quant à la distribution des patrimoines ; il est permis de supposer, sans risque d’erreur majeure, que le coefficient de Gini est ici bien supérieur à celui du revenu disponible.

La « fortune » bancaire

On notera, d’après les statistiques nationales, un facteur intéressant : sur un patrimoine brut de 10 600 milliards d’euros (immobilier et financier), le patrimoine net des ménages ressort à 9 275 milliards d’euros, après imputation de l’endettement. Par comparaison, les sociétés financières affichent un patrimoine brut de 11 200 milliards d’euros et un patrimoine net de… 614 milliards. La différence étant représentative de dettes, bien entendu. Leur prétendue solvabilité semble donc plutôt fragile : sur les mêmes bases et dans l’hypothèse où les immeubles et les titres perdaient seulement 6% de leur valeur, vous seriez ruinés…. Sur ce critère, l’Etat aurait dû en 2009 mettre la clef sous le paillasson. Car ses rentrées fiscales ont été proprement laminées, avec une forte contraction de l’impôt sur les sociétés et sur le revenu, ainsi qu’une légère baisse de la TVA. Si bien que les prélèvements obligatoires (administrations publiques et institutions européennes) se sont établis en baisse à 41,6% du PIB. La France se maintient toutefois dans le haut du tableau des Etats européens les plus gourmands.

Une place moins enviable lui serait probablement dévolue, si l’on voulait bien abandonner cet indicateur ésotérique pour un autre, plus parlant : celui de la dépense publique ramenée au PIB. Car c’est la vraie mesure des prélèvements publics sur l’économie : les besoins qui n’ont pas été couverts par les recettes fiscales le sont par l’emprunt, qui est un impôt différé (sous réserve que notre pays continue d’honorer ses dettes, bien entendu). De ce fait, la part de la production nationale « retraitée » par l’Etat se situe autour de 55% plutôt que de 41%. La question n’est pas ici de débattre du niveau optimal de la ponction étatique dans l’économie d’un pays ; contrairement au sentiment dominant, il est probable que la crise en cours démontrera la nécessité d’une forte intervention publique. La question est plutôt de se demander comment, dans un pays où plus de la moitié de la production est absorbée par l’Etat, ce dernier puisse afficher un endettement aussi monstrueux, et produire aussi peu de satisfaction pour ses citoyens – quoi que disent les statistiques. Une remise à plat de la fiscalité est d’évidence indispensable ; mais il semble nécessaire aussi de revoir complètement l’emploi des ressources publiques…

Par Jean-Jacques JUGIE

mardi 1er mars 2011 , par Jean-Jacques Jugie

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