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FASB 157-e et méthode Coué

FASB 157-e et méthode Coué

Avec l’adoption d’une nouvelle norme d’évaluation des actifs (la norme 157-e), les Etats-Unis dotent leurs banques d’une solvabilité virtuelle. Et les marchés boursiers font réellement monter les cours. Un pas supplémentaire dans le déni de réalité, qui promet un avenir sombre aux marchés financiers. Ainsi qu’à l’économie réelle.

Vous n’avez pas manqué d’observer le regain d’enthousiasme des Bourses mondiales dès le 2 avril. Beaucoup de commentateurs ont imprudemment attribué le retour de l’optimisme, sur les marchés, à la tenue le même jour du G20 tant attendu. Bien que nos éminences aient promis de « mettre sur la table » quelques liasses supplémentaires de dollars, comme pour engager une partie de poker de haut niveau, bien que tous s’accordent sur la nécessité de saupoudrer un chouïa de morale dans la finance, et d’instiller une once de transparence dans les paradis fiscaux (faute de vouloir vraiment les éradiquer), bien qu’aucune voix ne manque au consensus pour une solidarité sans faille, ce n’est pas cette ambiance de kermesse qui a redoré le moral des opérateurs financiers. La raison est ailleurs. Ce même 2 avril, le Financial Accounting Standards Board (FASB), Conseil en charge d’établir les normes comptables américaines, cédait à la pression musclée du Congrès pour amender la norme 157, adoptée en septembre 2006. Cette norme instituait une rupture historique dans la détermination de la « valeur » des actifs détenus par les entreprises, notamment financières.

Jusqu’à cette date, les actifs supposés être détenus pour une longue période étaient comptabilisés à leur valeur historique (leur valeur d’achat, pour les actions), ou selon la technique du « marked-to-model », la « cote-au-modèle » (pour les créances). Cette cote-au-modèle correspond à la « valeur actuelle » des remboursements attendus, c’est-à-dire à la valeur escomptée (au sens financier) des différents flux à percevoir jusqu’à l’échéance. Une telle méthode permet de lisser les écarts de prix, parfois importants et souvent volatiles, que le marché boursier attribue aux titres. Et un compte spécial des plus-values et moins-values à long terme provisionne (prudemment) la part des bénéfices et pertes futures que l’on peut raisonnablement attendre sur une longue période. En septembre 2006, la norme 157 institua la préférence absolue pour la cote-au-marché dans la comptabilisation des actifs financiers : le plus récent des prix transigés devenait la référence prioritaire, à tout le moins sur les marchés normalement liquides. Dans une phase du cycle financier où les actions ne cessaient de monter et où les taux d’intérêt ne cessaient de baisser, ce mode de comptabilisation eut pour effet de valoriser fortement les actifs au bilan, et donc de faire apparaître d’importants bénéfices, pour une large part non encore encaissés. Grâce à cette prospérité comptable, les actionnaires purent obtenir de plantureux dividendes, et le management de somptueux bonus et autres pourboires princiers. Même si l’entreprise devait emprunter l’argent pour les payer, faute d’avoir encore « extériorisé » les plus-values comptables.

Du fard sur la pêche Seulement voilà : il est apparu que les créances en cause, notamment celles de catégorie subprime, sont devenues à ce point douteuses que le marché ne leur accorde plus de prix : il n’en veut pas, tout simplement, jugeant que ce papier ne vaut pas tripette. Ce qui est probablement le cas. Appliquer la norme « marked-to-market » dans ces conditions, c’est obliger les détenteurs de ces créances à comptabiliser ces dernières à une valeur proche de zéro. Dès lors qu’elles représentent encore, dans les seuls bilans des banques américaines, un montant évalué (sans doute avec optimisme) à quelque 2 000 milliards de dollars, c’est-à-dire plus que les fonds propres desdites banques, on comprend sans peine le problème : le système financier yankee est en banqueroute. Pour que les bilans retrouvent du fard sur la pêche, il suffit de rétablir et renforcer la cote-au-modèle d’antan. Le raisonnement qui a poussé les représentants du Congrès à violer le FASB, c’est que les créances toxiques n’auraient pas de valeur aujourd’hui à cause d’une anomalie de marché. Selon eux, les opérateurs ne sont pas lucides, ils sont aveuglés par une crainte excessive. Dès qu’ils auront repris leurs esprits, ils se rendront compte de leur erreur…

Les élus du peuple sont bien gentils, mais il est extrêmement probable qu’ils aient tort : non seulement le stock de toxines actuel ne vaut rien, mais il va s’accroître. Car le taux de défaillances sur les dettes relevant des cartes de crédit ne cesse de croître, et ces dettes ont, elles-aussi, été largement titrisées… Si bien qu’en rétablissant la cote-au-modèle, sous une forme qui laisse une importante marge de manœuvre à l’évaluation (à la fiction…), le FASB donne l’opportunité aux banques de rétablir leur solvabilité comptable, sans remédier aux problèmes qui entachent leur solvabilité réelle. Comment est-il possible que les marchés financiers se soient laissé abuser par ce tour de passe-passe ? Il faut sans doute y voir les effets de la méthode Coué : après plusieurs mois de déprime intense, les opérateurs avaient besoin de se donner de l’espoir. Ce que corroborent les chartistes qui travaillent sur les vagues d’Elliott : les marchés semblent attaquer une nouvelle vague haussière dans un marché structurellement baissier. Combien de temps elle durera, nul ne le sait. Mais sans doute pas très longtemps. Il en résulte que ceux qui n’ont pas dégarni à temps leurs portefeuilles d’actions auront avantage à profiter de ce mieux inespéré pour lâcher du papier. Car le CAC 40 au-dessous des 2 000 ne constitue pas une perspective extravagante…

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jeudi 23 avril 2009 , par Jean-Jacques Jugie

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