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Un G8 antisismique

Un G8 antisismique

Bien que la terre n’ait pas englouti les hôtes du G8 à L’Aquila, Silvio Berlusconi a gagné son carton rouge. Délivré par ses invités et ses concitoyens. Les participants ne méritent pas, eux non plus, le tableau d’honneur. L’impression qui résulte de ce sommet, c’est qu’à peine arrivés, tous ne rêvaient que de rentrer chez eux…

Initialement programmé en Sardaigne, le récent G8 s’est déplacé jusqu’aux Abruzzes, dans la ville de L’Aquila, un aigle déplumé par le tremblement de terre du mois d’avril dernier, qui a détruit la plupart des constructions et fait de nombreuses victimes. A ce jour, près de 45 000 personnes sont encore sans toit et n’apprécient que modérément la contrainte des « vacances sous la tente », pour reprendre la saillie spirituelle de Silvio Berlusconi, spécialiste reconnu de l’humour de carabin. Installer le G8 à L’Aquila, c’était nécessairement prendre des risques. Certes, l’objectif revendiqué était de montrer aux Etats partenaires, et au monde entier par le biais des médias, l’état de détresse résultant du séisme. Et susciter quelques élans de générosité – ce qui n’a pas manqué de se produire : chacun des participants a promis son obole. Même le Premier ministre japonais s’est déclaré « choqué » par ce qu’il a vu, en dépit de la grande expérience de son pays en matière de séismes. Pourtant, les télévisions avaient déjà, en avril, largement mis en scène le spectacle de la désolation. En revenant sur ce thème aujourd’hui, Berlusconi démontre que son pays n’a encore rien fait pour les sinistrés, mais qu’il a su mobiliser les moyens financiers appropriés pour aménager des conditions d’accueil honorables, et très temporaires, aux éminences du G8 et à leur suite. Encore que, apparemment, tant sur le plan logistique que sur celui de l’organisation de la session, les Italiens se soient révélés tellement empotés que les Américains ont été contraints de prendre les affaires en main… En foi de quoi le choix de l’Aquila passera probablement à la postérité comme la dernière réception italienne du G8, en outre appelé à se transformer en G14 selon les vœux français.

Ce sommet pourrait accessoirement passer pour un gros accident de carrière de Berlusconi, tant dans son pays qu’auprès de ses pairs étrangers. Il était techniquement ambitieux de le réunir sur des ruines presque fumantes ; il était moralement discutable de soumettre les sinistrés aux projecteurs berlusconiens de la vulgarité compassionnelle ; il était politiquement hasardeux de s’exposer à l’opprobre de ses concitoyens, qui l’absolvent volontiers de ses frasques récurrentes, mais lui pardonneront difficilement d’avoir ridiculisé le pays. Si bien que ses aspirations mussoliniennes, visant à exonérer sa propre personne de tout embarras judiciaire, quand bien même cambriolerait-il la basilique Saint-Pierre, pourraient bien lui coûter, in fine, le divorce d’avec son peuple. Certes, avec sa fortune et la pole position de l’Italie sur le circuit de la corruption politique, Berlusconi croit peut-être pouvoir contrôler son destin sans avoir à soigner sa réputation. Mais en politique comme dans les affaires, la baraka ne dure pas obligatoirement toute la vie.

Communiqué rikiki

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G8

Par la grâce de la nature, aucun séisme majeur n’est venu perturber le sommet, bien que le sol n’ait cessé de trembloter. Mais avouons-le, les grands de ce monde n’ont pas fait bouger les tables, ni même fait vibrer les passions. Le cœur n’y était pas. Le grand sujet frictionnel du moment, c’est l’introduction d’une nouvelle monnaie de réserve dans le système financier international, thèse âprement soutenue par les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), et poliment rappelée en dépit de l’absence du Président chinois, rentré précipitamment à Pékin pour cause d’émeutes. Sur la question du climat – c’est-à-dire, en langage officiel, la réduction des émissions de CO2 – on en est resté (cette fois-ci) au statu quo ante : les Etats-Unis ne pouvaient guère s’engager sur un objectif plus ambitieux, avant que le Sénat US n’ait validé la conversion du président Obama à l’écologie anti-gazeuse. Ce n’est en soi pas bien grave : on a déjà exposé, dans ces colonnes, le caractère ésotérique de ces croyances. De ce fait, les PVD n’ont pas accepté les restrictions a minima que les « riches » ont acceptées ; quant aux pays pauvres, tout le monde a admis qu’il fallait les laisser en paix sur ce sujet. A croire que leur pollution est sans valeur, et donc sans danger pour le reste de l’humanité.

Tous ont manifesté un égal entrain pour limiter la prolifération des armes nucléaires, plus dangereuses, il est vrai, que le gaz carbonique. Les remontrances à l’égard de l’Iran, concernant ses pratiques démocratiques, ont toutefois été rédigées dans une belle langue de bois, vernie à la patine diplomatique. On n’en attendait pas moins de la « communauté internationale ». Pour calmer les angoisses de Mme Sarkozy, qui s’était émue dans les colonnes de The Guardian du sort des Africains, le G8 propose une « initiative » d’une dizaine de milliards de dollars pour lutter contre la faim dans le monde. Merci Carla. Grâce au blog de Mrs Brown, commise d’office pour commenter le programme de ces dames, on a rapidement appris que les épouses seraient reçues en audience par Sa Sainteté en personne. Est-ce le prélude à une entente cordiale entre les Anglicans et les Papistes ? On oserait l’affirmer. En tout cas, le sommet ayant eu lieu en semaine, Berlusconi n’a pas eu à « passer un coup de fil » pour faire ouvrir les magasins, afin que « Madame Obama et ses filles puissent les visiter ». Ce à quoi fut en son temps contraint notre Président, comme il l’a publiquement avoué. On comprend sa consternation. Mais s’il suffit d’ouvrir les commerces les seuls dimanches où le couple présidentiel américain est en France, il ne devrait pas être trop difficile de faire adopter la loi…

jeudi 16 juillet 2009

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