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Le Grenelle de l’environnement nous sortira-t-il de la crise ?

Le Grenelle de l'environnement nous sortira-t-il de la crise ?

Quels seront les impacts économiques, sociaux et écologiques du Grenelle de l’environnement ? Au total, 450 milliards d’euros devraient être dépensés par le secteur public et privé. Mais ils pourraient bénéficier pour bonne partie aux entreprises étrangères. Et sans remplir les engagements de Kyoto.

Réduire les émissions de gaz à effet de serre, c’est bien. Améliorer l’emploi et stimuler l’économie aussi, surtout en période de crise. C’est sur ce constat que Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, a demandé au Boston Consulting Group, cabinet de conseil en stratégie, d’effectuer une analyse des impacts écologiques, économiques et sociaux des mesures prises lors du Grenelle de l’environnement. But affiché : renforcer éventuellement certaines mesures, si elles sont particulièrement efficaces, et repérer les possibles faiblesses du plan. « L’ensemble du programme est-il correctement ciblé ? Quelles sont les mesures les plus efficaces en terme de réduction de production de gaz à effet de serre ou de création d’emploi ? La rapidité d’application des programmes est elle plausible ? » a ainsi listé Jean-Louis Borloo, avant de laisser la parole à Marc Benayoun, vice-président du Boston Consulting Group. Ce dernier a présenté les résultats de l’analyse, ce 16 juin, à Paris. Globalement, l’étude commanditée par Jean-Louis Borloo a décerné une évaluation très positive des effets potentiels du plan d’action ministériel. Avec quelques mises en garde, toutefois.

Réduction des émissions de gaz à effet de serre : insuffisant

Les objectifs des grands pays industrialisés sont de réduire les émissions de gaz à effet de serre par quatre, d’ici 2050. Ce sont les engagements pris dans le cadre du protocole de Kyoto. Dans cette optique, le plan français est ambitieux, et « aucun autre pays ne dispose d’un plan d’aussi grande ampleur » a souligné Marc Benayoun : l’Etat a prévu d’investir 14 milliards d’euros par an sur onze ans. De fait, à suivre la comparaison internationale dressée par le cabinet, l’effort de la France est réellement considérable, par rapport aux autres pays. Les Etats Unis prévoient de dépenser 8,5 milliards d’euros par an sur neuf ans, et l’Allemagne 5,2 milliards sur cinq ans. Toutefois, ces efforts ne devraient pas permettre d’atteindre le fameux « facteur 4 » d’ici 2050, mais seulement de diviser la production de gaz à effet de serre par trois. En plus des mesures déjà prises, le Grenelle vise 14% de baisse supplémentaire, avec les dispositions prises dans le bâtiment, le transport ou encore les déchets ménagers. Au total, si le plan fonctionne correctement, la France atteindra une baisse de 24% de l’émission des gaz à effet de serre en 2020. Un rythme insuffisant, donc, au regard des engagements de Kyoto.

450 milliards d’euros d’activité

Sur le plan économique, le Grenelle devrait générer 450 milliards d’euros d’activité, d’ici 2020, estime le cabinet. 170 milliards proviendront de fonds publics (Etat et collectivités), le reste des particuliers et de l’industrie. Mais l’impact de cette activité -qui dépend également du bon avancement du plan en matière d’emploi, demeure « délicat à estimer » considère Marc Benayoun. Durant douze ans, ce sont 600 000 emplois (directs et indirects) qui devraient être liés aux mesures du Grenelle, en moyenne. Un pic devrait être atteint vers 2012, avec le déploiement des chantiers proprement dits (équipement des ménages en panneaux solaires, rénovation thermique des bâtiments …). Resteront ensuite les activités de maintenance et d’exploitation des systèmes mis en place. « C’est une projection médiane » admet Marc Benayoun. En effet, les effets du Grenelle sur l’emploi dépendront beaucoup de la capacité des filières françaises à proposer des offres.

Où sont les éco entreprises ?

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grenelle de l’environnement

Or, c’est l’un des points faibles soulignés par le consultant, la « politique industrielle est faible, malgré des initiatives prises par Luc Chatel en décembre dernier » a souligné Marc Benayoun. Avec des filières peu structurées, et en l’absence de « champions nationaux », il est fort possible que ce soit les entreprises étrangères qui se partagent le gâteau durable hexagonal. « Il n’est pas certain que les filières soient assez fortes, pour pouvoir capter le potentiel économique » commente diplomatiquement Marc Benayoun. A la clef, donc, des créations d’emploi moindres. Pis, Jean-Louis Borloo lui même, souligne un autre travers possible. « Si les prestations ne sont pas bonnes, par rapport à la dépense engagée, cela aura des impacts très négatifs. Il nous faut des filières professionnelles. Et la formation est très importante » analyse-t-il. De plus, si elle se confirme, cette tendance va également impacter la balance commerciale. Globalement, le Boston Consulting group estime que le Grenelle devrait avoir un effet bénéfique sur cette dernière, via la baisse d’importations d’énergie, et notamment, de pétrole. Quelque 15 milliards d’euros pourraient être économisés. Mais le chiffre ne prend pas en compte les éventuelles importations (les panneaux solaires, par exemple) qui suppléeraient à la faiblesse de l’offre en France. Au total, donc, il est nécessaire de « conserver l’adhésion du public », d’avoir une « gestion centralisée » du suivi du Grenelle, pas à pas, et de « finaliser » sur véritable politique industrielle a, souligné Marc Benayoun. Sans quoi, une bonne partie des bénéfices possibles du Grenelle de l’environnement pourraient demeurer virtuels.

mercredi 24 juin 2009

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