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G 20 au balcon...

G 20 au balcon...

… Noël aux tisons. Les participants du G20 londonien ont unanimement salué un sommet dont les résultats auraient « dépassé leurs attentes ». Ce consensus historique pourrait toutefois reposer sur un contresens non moins historique dans l’analyse de la crise. Car si le temps perdu ne se rattrape guère, l’argent perdu ne se rattrape plus.

Très réussi, le G20, n’est-ce pas ? Il faisait beau et les Anglais savent recevoir, même si la Reine s’est montrée un peu pingre dans ses réceptions, n’ayant accepté que les Obama à l’heure du thé. Mais enfin, Elisabeth souffre de la crise comme tout le monde, et il serait malvenu de lui reprocher sa parcimonie. Un sommet très réussi, donc, si l’on en croit les déclarations des participants. Le seul échec avéré, c’est la photo de famille. On s’est rendu compte tardivement que le Premier ministre canadien manquait à l’appel sur les clichés tirés juste après le petit-déjeuner. Une méchante panne d’oreiller, d’après ce que l’on a compris. Et au moment où l’on croyait avoir réuni tout le monde, voilà que manquait Berlusconi, probablement retenu dans les salons de maquillage. Bref, aucune des photos officielles n’est complète. Pourtant, les 20 sont parvenus à donner l’impression d’une profonde unité dans l’analyse, et d’un consensus spontané dans l’action. Ce qui, entre nous, est fort regrettable. Car tous nos dirigeants ont apparemment adopté le point de vue selon lequel la crise en cours résulte principalement d’un problème de liquidité du système financier, que l’on peut donc contrecarrer en « rétablissant la confiance » dans les banques et en jetant quelques grosses brassées d’argent depuis les hélicoptères de Ben Bernanke. Un coup de mercurochrome sur les bobos du pékin, et le voilà prêt pour de nouvelles aventures.

Hélas, cette vision lénifiante fait suite à des prémisses douteuses, car les difficultés des temps présents résultent d’un problème de solvabilité et non de liquidité. Quand bien même ferait-on tomber de l’argent dans la poche de la ménagère américaine, celle-ci va d’abord l’employer à rembourser ses dettes, ensuite à accroître son épargne (à ce jour ridiculement faible), sacrifiant ainsi l’American way of life de papa. De la même façon, les banques vont d’abord employer les nouvelles ressources à colmater leurs propres brèches, qui sont encore béantes pour nombre d’entre elles – la liste des faillites est loin d’être arrêtée à ce jour. Il n’est pas possible d’occulter cette réalité dérangeante : l’Amérique est exagérément endettée, et ce n’est pas avec de nouvelles promesses de crédit qu’elle sortira de l’ornière (nous non plus, par la même occasion). L’émouvante unité des 20 ne permet pas de crever l’abcès : tous pensent qu’il finira par se résorber gentiment si l’on y croit. C’est illusoire.

Quelques avancées

Ce n’est pas pour autant que ce sommet ait été vain. Des avancées significatives ont été faites sur le terrain de la réglementation financière, même s’il est difficile de croire à la disparition programmée des paradis fiscaux, véritables marmites du diable où bouillonne une large part des toxines que l’industrie financière a secrétées sur la décennie écoulée. Il faut ici signaler l’opiniâtreté de la position française sur le sujet, le Président Sarkozy ayant ferraillé avec son homologue chinois à propos de Hongkong et Macao, sous l’arbitrage bienveillant d’Obama. Il en va de même des mécanismes de titrisation et de notation par les agences spécialisées, où l’approche franco-allemande s’oppose à la conception anglo-américaine. Ces thèmes feront probablement l’essentiel du menu du prochain sommet. On s’achemine également, en douceur, vers une nouvelle définition du système monétaire mondial. Chinois et Russes ont fait entendre leur voix, et montré qu’ils n’entendaient pas lâcher le morceau. Ainsi, dans un premier temps, un FMI aux moyens renforcés va redonner vie aux Droits de tirage spéciaux (DTS), cette monnaie de réserve créée en 1969 qui n’a pas connu un usage intensif, à cause de l’abandon de la convertibilité du dollar en or peu de temps après sa création. En effet, les DTS étaient originellement alignés sur la valeur du dollar (soit 1/35ème d’once d’or) ; ils sont aujourd’hui étalonnés sur un panier de monnaies (le dollar US, l’euro, la livre sterling et le yen), dont la composition est sujette à des réajustements périodiques. Il est en tout cas prévisible que le yuan chinois entrera bientôt dans le panier.

On se souvient que Jacques Rueff, le conseiller économique du Président de Gaulle, ne pensait pas beaucoup de bien des DTS, qu’il qualifiait de « néant habillé en monnaie ». Il n’affectionnait pas davantage le dollar américain, puisqu’il recommandait le règlement des excédents commerciaux en or sonnant et trébuchant, en lieu et place de bons du Trésor US. Cinquante ans plus tard, les faits vont finir par donner raison aux ruminations de Rueff : le billet vert est promis à des jours sombres, et l’or a considérablement mieux conservé la valeur que la monnaie américaine. Pour les DTS, c’est au contraire une renaissance qui s’annonce, sans que l’on sache encore de quoi ils seront faits ; il est en tout cas envisagé par le FMI de vendre de l’or pour accroître ses ressources, ce qui nous remet en mémoire les ventes massives du stock américain, à la fin des années 1970, qui ont précédé l’envolée des cours de la « relique barbare ». Il n’est pas impossible que l’Histoire repasse les plats, contrairement aux allégations de Céline. En résumé, ce G20 brille surtout par une remarquable maîtrise de sa communication, visant à convaincre le pékin que nos autorités contrôlent la situation dans un esprit de solidarité sans faille. Tel n’est pas vraiment le cas, ni sur le plan du contrôle, ni sur le plan de la solidarité, alors que l’état de délabrement du monde nécessite des actions rapides et consistantes. Il faut ainsi souhaiter que septembre, date fixée pour le prochain sommet, ne soit pas une échéance trop lointaine. Croisons les doigts…

jeudi 23 avril 2009 , par Jean-Jacques Jugie

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