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Finance : vers une révolution ?

Comment réamorcer le système bancaire mondial ? Les autorités phosphorent. Les moyens à mobiliser pour prévenir une déconfiture généralisée sont considérables. Si bien que le système est probablement exposé à la nationalisation pure et simple. Qu’on ne s’y trompe pas : même les « riches » rêvent d’une telle révolution…

L’honnête citoyen du monde est en droit de se poser cette question : quel degré d’intensité la crise devra-t-elle atteindre pour que s’instaure une authentique coopération internationale ? Pour que les autorités cessent de botter en touche à la première occasion et renoncent à dénicher des boucs-émissaires de pacotille ? Car les premiers responsables (la finance « ingénieuse ») jouissent de soutiens publics massifs et se distribuent, aux Etats-Unis à tout le moins, de confortables bonus en récompense de leurs actions d’éclat. Du reste, commencent à fleurir, dans la presse ordinairement révérencieuse à l’égard de l’industrie financière, comme le Financial Times, des accusations non voilées conformes à ce que le signataire a publié dans ces colonnes il y a pas mal de temps. A savoir que le désastre des « produits toxiques » résulte moins d’une mauvaise appréciation du risque par leurs concepteurs que de la volonté délibérée de ces derniers d’arnaquer le pékin. Dans un article récent du FT, Janet Tavakoli enfonce le clou : « Les financiers ainsi que les professionnels de la finance structurée n’ignoraient pas le danger qui se cachait dans les prêts à risque. Et pourtant, ils allèrent encore plus loin. Les tranches risquées – celles dont les professionnels savaient qu’elles finiraient au compte pertes et profits — furent utilisées dans d’autres produits structurés que leurs comparses “géraient” d’un côté dans un fonds ouvert au public, et de l’autre vendaient à découvert dans leurs propres hedge funds. » Il est permis de supposer que la journaliste ne s’avance pas sur ce terrain miné sans informations circonstanciées. Ce qui l’autorise à s’étonner qu’aucune action judiciaire n’ait été à ce jour intentée. Mais la pièce n’est pas encore achevée.

Si l’indignation du président Obama est réelle, lui qui s’apprête à plafonner (assez bas) la rémunération des managers aux commandes d’entreprises renflouées par l’Etat, alors l’offensive publique contre Wall-Street pourrait dépasser le stade des remontrances verbales. Et gagner le terrain des tribunaux. Mais dans la même édition du FT, un autre commentateur se montre sceptique quant à la portée des restrictions obamiennes, en faisant observer que les banques en cause « qui ont besoin d’une aide exceptionnelle devraient déjà être des propriétés publiques, et leurs dirigeants émarger sur le livre de paie du service public ». Le fait que le Financial Times, qui n’est pas suspect de sympathies collectivistes, aborde aussi crûment le bien-fondé de la nationalisation du système bancaire, témoigne de la rancœur latente des bien-pensants à l’égard du brigandage financier (principalement) anglo-américain. Et démontre que, même profondément imprégné de culture libérale, l’establishment est mûr pour accepter l’étatisation des institutions de crédit. Voire la réclamer : le premier effet collatéral de l’appropriation publique serait de « sécuriser » la montagne de créances toxiques qui obscurcit l’horizon. Et ce type de papier est plus abondant dans le portefeuille des gentlemen farmers que dans celui des cheminots londoniens, on s’en doute… La quadrature du cercle

Même si le monde tarde à accoucher d’un « plan » cohérent et rassurant, il serait injuste de prétendre que les autorités concernées restent les bras croisés. Partout dans les grands pays, les gouvernements planchent sur la question en compagnie des… financiers, ceux-là même qui ont contribué à véhiculer la peste. « Ces gens ne sont pas seulement une partie du problème, ils sont également une partie de la solution » a prophétisé Klaus Schwab lors de la réunion de Davos. La formulation est ambiguë, mais au fond, Schwab a raison : on ne peut pas se passer du savoir technique des financiers, quoi que l’on envisage de reconstruire. Même s’il peut paraître curieux d’embaucher des pyromanes pour prévenir les incendies. A ce jour, à Londres, des cohortes d’ingénieurs et de traders travaillent sous les ordres de… fonctionnaires, pour des salaires de femmes de ménage par rapport à ce qu’ils gagnaient avant. Mais ils ne sont qu’en mission : lorsque le système financier se relèvera – ce qui finira bien par arriver un jour ou l’autre – ils tenteront de retrouver des activités plus sportives et plus lucratives, à moins qu’un décret mondial ne les expédie en Sibérie jusqu’à leur retraite.

Que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, personne n’est encore parvenu à établir une stratégie claire pour autoriser un retour à la normale du circuit de l’argent. Selon l’économiste Nouriel Roubini, le seul qui ait, dès 2006, annoncé l’imminence d’une crise très grave, l’ensemble du système bancaire a besoin d’être recapitalisé à hauteur de… 3 600 milliards de dollars, au moins ; presque la moitié de ce montant devant être affecté aux seules banques américaines. Si bien que ces dernières, en dépit de l’aide publique massive dont elles ont déjà bénéficié, se trouvent en ce moment à la limite comptable du dépôt de bilan. Nul ne peut en conséquence s’étonner du fait que le marché interbancaire demeure frileux, aucun établissement ne pouvant raisonnablement avoir confiance dans les autres. Pas étonnant non plus que les gouvernements soient fébriles : la solution relève de la quadrature du cercle. Ou de la nationalisation pure et simple de l’outil bancaire. Cette approche radicale permettrait à coup sûr d’irriguer à nouveau le marché du crédit qui s’est tari. Quant à prévenir le dépérissement des monnaies, c’est une autre paire de manches…

mardi 10 février 2009

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