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Châtaignes d’octobre

Châtaignes d'octobre

En Europe, la mayonnaise des mouvements sociaux est en train de monter. Les ménages n’ont pas le moral et refusent « l’austérité » qui leur est imposée. Un climat qui ne va pas favoriser l’activité promise à un nouveau déclin, ni le rétablissement de finances publiques délabrées. Et octobre est le mois où les Bourses prennent des châtaignes…

Quelle est la température du moral des ménages européens ? Aux dires d’un sondage récent réalisé par TNS Sofres pour le compte du Centre d’analyse stratégique, en France et dans six autres Etats européens (Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie, Pologne et Suède), les citoyens estiment en majorité que la crise est durable, les Suédois se distinguant toutefois par une vision plus optimiste de l’avenir proche. Tous plébiscitent une meilleure orthodoxie dans la gestion publique. Mais au moyen exclusif de la réduction des dépenses : d’accord pour abaisser le salaire des fonctionnaires (ce qu’après l’Irlande vient de décider le Portugal) ; pas d’accord pour augmenter les impôts (ce à quoi pourtant s’apprêtent à-peu-près tous les Etats de l’Union). Et le niveau de défiance à l’égard des acteurs institutionnels est très élevé : « Cette méfiance se traduit par le fait que ni les syndicats, ni le FMI, ni les institutions Européennes, ni les pouvoirs publics, ni les banques et organismes de crédit ne recueillent la confiance des Européens, Polonais exceptés, pour aider à sortir de la crise, avec des niveaux de défiance proches de, voire supérieurs à 60%. ». Bigre, on ne s’étonnera pas en conséquence que la grogne se propage un peu partout, bien qu’elle ne s’exerce pas contre les entreprises : ces dernières sont les seuls organismes à préserver un confortable crédit de sympathie auprès du public. Ce qui n’empêche pas les manifestations de fleurir, en signe de protestation contre la « politique d’austérité » à laquelle tous les Etats sont acculés, sous la pression d’une situation financière tendue et des conseils vigoureux de... leurs créanciers.

La généralisation des crispations sociales, en Europe, s’est concrétisée par la récente manif, à Bruxelles, des représentations syndicales de tous les Etats de l’Union, qui donne corps au « Manifeste d’économistes atterrés » – atterrés par la soumission des élites dirigeantes au « modèle néolibéral », en dépit de ses bugs récurrents. Il est difficile de préjuger du temps qu’il faudra pour que les préconisations du « nouveau paradigme », défini par lesdits économistes, suscitent un intérêt opérationnel au niveau politique. Tout porte à penser que seule la pression des événements peut favoriser la remise en cause de schémas sur lesquels nous vivons depuis longtemps et qui à ce titre se prêtent mal à une critique radicale, d’autant qu’ils ont favorisé la concentration d’intérêts dans des mains puissantes. Précisément, l’électrochoc pourrait provenir d’une nouvelle déstabilisation de la sphère financière, celle-là même qui truste aujourd’hui les pouvoirs. « Assez de s’en prendre aux travailleurs ! Allez plutôt voir du côté des boursicoteurs » proclamait un slogan de la manifestation bruxelloise. Les petites mains des « boursicoteurs » ne participent pas aux bidouillages des marchés, mais elles pourraient contribuer à déclencher le prochain krach…

Des Bourses fragiles

Comme l’a montré le Nobel Joseph Stiglitz dans sa théorie de l’asymétrie de l’information, les cadres d’une entreprise multinationale connaissent mieux la situation de cette dernière que la veuve d’Atlanta qui détient quelques actions dans son PEA. Aussi est-il instructif d’observer ce que font lesdits cadres avec les titres qu’ils ont reçus au travers des plans de stock-options. Selon l’agence Bloomberg, les « transactions d’initiés », ainsi nommées celles qui sont réalisées sur les actions dont il est question, se faisaient récemment dans le rapport de 1 400 ventes pour 1 achat. C’est-à-dire un délestage massif des actions des compagnies par les gens qui les dirigent. Pas vraiment un signal d’optimisme. Il faut dire que nous sommes entrés dans le mois de l’année le plus redouté des boursiers : depuis 1929, il y a eu pas mal d’octobres sanglants sur les marchés. Et le contexte présent ne plaide pas pour la sérénité. En dépit des discours officiels apaisants, les indicateurs tendent à confirmer que la deuxième vague de récession se profile à l’horizon rapproché.

Dans le même temps, les craintes de défauts souverains s’accentuent. Personne ne se donne plus la peine de faire semblant de croire au salut de la Grèce : la seule question est de savoir quand les bouées de sauvetage devront être larguées dans la Mer Egée. Le Portugal s’asphyxie et l’Irlande, qui a nationalisé Anglo Irish Bank dans la tourmente, et qui devra épauler Allied Irish Bank en manque de liquidités, va payer son soutien d’un déficit public évalué à… 32% du PIB cette année. Mais le ministre des Finances, qui considère comme « horrible » le coût du renflouement bancaire, ne désespère pas de ramener son déficit à 3% dès 2014. On s’en doute, tout le monde y croit. Mais il s’agit-là de « petits » pays de l’Union. Même s’il fallait activer le Fonds de soutien européen (qui n’a pas été créé pour décaisser des fonds qu’il n’a pas, mais pour rassurer les marchés), l’addition serait supportable. Mais elle ne l’est plus lorsque des pays comme l’Espagne voient leur signature dégradée. Bref, ce qui était « impensable » voilà un an devient maintenant possible, avant de se révéler probable. En prime, les analystes chartistes croient avoir décelé un maximum de signaux annonciateurs d’un collapsus boursier. Si après ça les marchés ne chutent pas fortement en octobre, c’est que la finance est protégée par la Providence.

Par Jean-Jacques Jugie

mardi 5 octobre 2010 , par Jean-Jacques Jugie

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