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Assurances : le magot de la retraite

Assurances : le magot de la retraite

Outre le chahut qu’elle suscite, la réforme des retraites avive de légitimes inquiétudes sur le niveau des pensions futures. Ce qui devrait réjouir les compagnies d’assurance, promises à accroître leur collecte sur les contrats complémentaires. Pourtant, elles se montrent d’une discrétion stricte depuis de début de la crise. Une humilité suspecte chez ces grands communicants.

Étonnamment silencieuses depuis le début de la crise, les compagnies d’assurance françaises vont-elles enfin retrouver la parole ? On ne sait ce qui a motivé un mutisme aussi forcené, elles qui d’ordinaire communiquent en permanence, tant sur leurs contrats que sur leurs propres résultats. Il est pourtant avéré qu’en période de basse conjoncture et de fortes incertitudes sur l’avenir, la propension à l’épargne s’accroît, ce qui aurait pu constituer une excellente opportunité pour la branche vie. D’autant que les assureurs ont été, jusqu’à maintenant, épargnés par la vague d’opprobre qui affecte le monde de la finance, les banquiers ayant été chargés de tous les péchés de la Terre. Mais il faut reconnaître que la multiplication des placements toxiques, dont les gestionnaires professionnels eux-mêmes n’avaient pas soupçonné les dangers, ne constituait pas vraiment un encouragement à l’épargne financière. Peut-être les compagnies ont-elles préféré faire le gros dos en attendant que l’orage passe. Ou peut-être ont-elles choisi de faire profil bas au constat qu’elles n’ont pas, elles non plus, résisté à l’attrait du papier frelaté. Dont le poids relatif, au sein de leur masse considérable d’actifs, pourrait être supérieur à la norme statistique des « mauvaises affaires » auxquelles personne n’échappe, même les pros de l’investissement.

En tout cas, il est étonnant que n’ait été diligentée aucune enquête sur leur solvabilité, et que la presse financière ignore superbement ce secteur d’activité comme s’il comptait pour du beurre. Il est pourtant inévitable que ces firmes aient acquis des « subprime » sous les multiples déguisements dont les promoteurs américains les ont affublés. Au vu des montants pharaoniques que les banquiers européens ont avalé, pour leur malheur, on peut raisonnablement supposer que les assureurs en ont rempli leurs coffres, car ils correspondaient exactement à leurs attentes : les produits en cause « garantissaient » des rendements très supérieurs à celui des emprunts d’Etat, sous une signature jugée excellente – au prétexte que bon nombre des emprunts ainsi titrisés étaient émis par Freddie Mac et Fannie Mae, les deux principales agences américaines de crédit hypothécaire, supposées bénéficier de la garantie gouvernementale. Dans un certain sens, ce n’est pas faux : Fannie et Freddie reçoivent des perfusions continues du Trésor US, en compensation de leurs propres pertes. Mais les emprunteurs défaillants, eux, sont abandonnés à leur triste sort. Ainsi que les créanciers titulaires des portefeuilles de crédits correspondants. L’incertitude demeure, donc, sur l’état de santé réel des compagnies d’assurance. Mais si nos inquiétudes ne sont pas fondées, elles devraient se remettre prochainement à communiquer : le thème de la retraite est pour elles du pain bénit, et la crise prévisible de pingrerie de la Sécu, en matière de remboursement des soins et des médicaments, devrait donner un coup de fouet aux contrats complémentaires.

L’eldorado des assureurs

L’augmentation de la durée de la carrière professionnelle, au travers de la réforme en cours, ne modifie pas fondamentalement la donne en matière de retraite complémentaire. Sauf pour les compagnies, car elle allonge la durée des cotisations et diminue mécaniquement celles des prestations. Mais les assurés commencent à se familiariser avec la perspective, hautement probable, de percevoir à l’avenir des pensions moindres que ce qu’ils espéraient. D’où une plus grande sensibilité aux contrats complémentaires proposés par les assureurs. Le dispositif « Madelin », destiné aux non-salariés, continue de bien fonctionner. En entreprise, le succès du Plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) ne se dément pas. Mais sur le plan individuel, le plan d’épargne retraite populaire (Perp) s’essouffle, après des débuts prometteurs. Ce pourquoi des parlementaires ont proposé que les modalités de dénouement de ce contrat soient modifiées, en autorisant une sortie en capital. C’est bien là, en effet, que se situe le frein principal à la souscription. Sous le régime Madelin, seule la sortie en rente est possible ; mais la déduction de la prime constitue un attrait suffisant, pour ceux des professionnels indépendants et libéraux qui génèrent des revenus confortables. Dans le Perco, outre le mécanisme de l’abondement par l’entreprise, qui peut accroître dans des proportions importantes la contribution du salarié, il est possible de prévoir dès l’origine la sortie totale en capital. Telle est, de loin, l’option que préfèrent les assurés, sur de justes motifs : les taux de rentes viagères ne sont intéressants que pour… les assureurs. Et même si les besoins du retraité s’expriment principalement en termes de revenus, l’aliénation du capital est vécue comme une épreuve douloureuse, qui s’ajoute aux incertitudes du pouvoir d’achat des rentes.

Sans doute sera-t-on amené, dans un futur proche, à procéder à un réexamen complet de l’architecture de la retraite – sous la pression des contraintes financières et de la longévité. D’où il pourrait résulter que la collectivité assure à chacun une pension de base, considérée comme une prestation sociale, le solde des besoins étant couvert par l’initiative individuelle. Cela n’exclut pas, bien entendu, les incitations fiscales ou sociales à l’épargne longue, qui est une bénédiction pour l’économie d’un pays. Et qui serait, accessoirement, un eldorado pour les assureurs. Si ces derniers ne sont pas trop souffrants, on devrait bientôt les voir se manifester.

mardi 21 septembre 2010 , par Jean-Jacques Jugie

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