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2010, bon cru pour les investissements internationaux en France

 2010, bon cru pour les investissements internationaux en France

2010 a été une bonne année pour les investissements étrangers en France. Mais les tensions avec l’Italie montrent que l’ouverture réciproque entre pays demeure complexe, même en Europe.

2010 est un bon cru, en terme de nombre de projets développés en France avec des capitaux internationaux. La reprise leur a profité. Ce 28 mars, à Paris, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, flanquée de Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, a présenté le bilan de l’Agence française pour les investissements internationaux (Afii). Il s’agit même d’une « année record », d’après la ministre. Plus de 20 000 entreprises à capitaux étrangers sont présentes sur le territoire, selon l’Insee. En 2010, on dénombre 782 projets, en hausse de 22% par rapport à 2009, qui devraient créer ou permettre de maintenir quelque 31 816 emplois, soit seulement 6% de plus que l’an dernier. Mais ces projets, en moyenne, sont moins porteurs d’emplois. Plus de la moitié des investissements ont généré chacun moins de 20 emplois en 2010, contre 42% l’année précédente. Et, à l’autre extrême, de moins en moins de projets comportent plus de 150 postes créés- ou sauvegardés. A cela, deux explications, pour Bruno Le Maire : les projets qui comportent un fort besoin de main d’œuvre se dirigent « vers l’Europe de l’Est. Et la part la plus importante de l’activité (en France) va dans des projets à forte densité technologique, comme les centres de R&D ».

L’île-de-France reste en tête

Parmi ces centres de recherche, figure, par exemple, celui de Google, le moteur de recherche américain. Il devrait s’établir en Ile-de-France. Au total, le nombre de projets concernant ce type d’activité est passé de 21 en 2008 à 51 en 2010. Avec l’implantation de quartiers généraux et les entreprises du domaine de l’énergie et du recyclage, ce sont les secteurs qui connaissent les croissances les plus fortes. Par ailleurs, si les investissements se sont plus largement répartis sur tout le territoire, par rapport à l’année précédente, cinq régions concentrent 65% des projets : Ile-de-France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Midi-Pyrénées et Lorraine. La région Champagne-Ardennes va toutefois accueillir un centre d’appels comptant une centaine d’emplois, ouvert par le groupe allemand Berstelmann. En Rhône-Alpes, Amazon.com , la librairie en ligne américaine, va mettre sur pied un centre logistique, avec à la clé : 500 emplois, d’après les données de l’Afii. Le Nord-Pas-de-Calais, lui, a été choisi par l’entreprise The Entyrecycle Co Ltd, qui a décidé d’y implanter une unité de recyclage et valorisation de pneumatiques usagés, ainsi qu’un centre de R&D, pour un total de 240 salariés.

Si l’origine des investisseurs est diverse, les Etats Unis et l’Allemagne restent les pays qui montent le plus de projets en France, suivis du Royaume-Uni. La part des pays asiatiques, comme la Chine, demeure marginale, pour l’instant.

Un charme inégal

L’Hexagone ne manque donc pas de charmes, aux yeux des entrepreneurs internationaux. A en suivre Christine Lagarde, ils sont surtout sensibles à la « situation géographique de la France, au cœur d’un marché de 500 millions de consommateurs », à sa « productivité au travail », au niveau de formation des salariés, à la « multiplicité des sources d’énergies, moins chères » ainsi qu’aux mécanismes d’une économie « tournée vers l’innovation ». Autres sujets de satisfaction des investisseurs étrangers : la qualité de l’administration et celle des infrastructures nationales. Des atouts que le gouvernement entend renforcer. « Nous allons mettre en place un service d’accueil unique fiscal et d’immigration » a annoncé Christine Lagarde (Cf encadré).

Coté infrastructures, Bruno Le Maire a rappelé les projets, notamment via les 32 milliards d’euros qui vont être investis dans les transports publics du Grand Paris, ainsi que les divers chantiers prévus, comme la mise en place d’une ligne à grande vitesse Paris-Rouen-Le Havre. Mais c’est plutôt sur le plan des infrastructures numériques que la France risque d’être peu compétitive. Le Grand emprunt a certes prévu 2 milliards d’euros pour déployer le très haut débit sur le territoire. Mais il en faudrait environ 40 milliards, d’après l’Avicca, Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel. Le fossé est plutôt large, pour un pays qui se targe de positionner son économie sur l’innovation.

Complexe collaboration

« La France est un pays ouvert à tous ceux qui veulent créer de l’innovation » a insisté Christine Lagarde, rappelant les mesures prises en matière de crédit impôt recherche. L’innovation, c’est également la direction suivie dans les pôles de compétitivité. Et les établissements à capitaux étrangers y sont bien représentés. « Il faut poursuivre la démarche des pôles de compétitivité, qui permet de se rapprocher les uns les autres. Il n’est pas toujours facile de travailler dans une logique de filière, mais c’est la seule qui permette de donner des résultats » a indiqué Bruno Le Maire. Bref, c’est à une politique de partenariat que l’Etat français souhaite inviter les capitaux étrangers, et le discours est décliné sur tous les plans. Signe de cette approche, le « Conseil stratégique de l’attractivité », qui réunit des patrons de grandes entreprises internationales installées en France, en sommeil depuis 2007, a été réactivé, le matin même de la conférence. « Nous croyons à la coopération européenne. Il faut moins de concurrence entre les pays européens » a par ailleurs déclaré Christine Lagarde. Même son de cloche chez Bruno Le Maire : « l’enjeu, c’est celui de constituer de grands groupes agroalimentaires européens, capables de prendre des parts de marché en Asie, en Chine, où il y a une forte demande, et d’être compétitifs. C’est ce qui permettra de créer des emplois. Il y a un intérêt réciproque, à avoir une stratégie industrielle de long terme. L’Europe a tout intérêt à l’unité ».

Ces déclarations générales sont en fait une réponse au décret pris en mars par le gouvernement italien, qui vise à encadrer les prises de participation étrangères dans des entreprises nationales, dans des domaines jugés stratégiques pour le pays. Et ce, au moment où le français Lactalis, vient de doubler sa participation dans Parmalat, un géant de l’agro-alimentaire italien. En France, en 2010, une entreprise transalpine, Agrati, par exemple, a repris plusieurs sites de production de vis et de boulons de l’entreprise Acument. L’Italie représente « le quatrième pays d’origine des investissements directs en France » a rappelé Christine Lagarde, plaidant pour la « réciprocité » des relations commerciales . Reste que, d’après les chiffres du Figaro, sur les cinq dernières années, les investissements français dans des entreprises italiennes ont atteint 36 milliards d’euros, alors que durant la même période, les Italiens avaient réalisé pour seulement 3 milliards d’acquisitions en France. Une réciprocité peu équilibrée.

Des procédures d’accueil améliorées

Avant la fin 2011, une sorte de « guichet unique »sera mis en place, qui devrait permettre aux entreprises qui souhaitent investir en France d’obtenir toutes les informations utiles dans le domaine fiscal, et de réaliser des simulations. Un autre guichet sera destiné à faciliter et accélérer les procédures administratives pour les salariés impatriés. Il est actuellement en cours d’expérimentation.

Par Anne DAUBREE

mercredi 6 avril 2011

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