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Les citoyens inventent leur transition vers un monde sans pétrole

Les citoyens inventent leur transition vers un monde sans pétrole

Au Royaume Uni et en France, des groupes de citoyens s’organisent pour vivre sans pétrole. Vieux rêve de baba cool ou démarche d’une brûlante actualité ? Leurs recettes, en tout cas, font tâche d’huile à travers la planète.

Avec le nouveau pic atteint par le prix du baril de pétrole, qui a grimpé jusqu’à120 dollars ces derniers jours, les « initiatives en transition » pourraient devenir toujours plus d’actualité. Ce mouvement, est né sous le nom de « transition town » ( villes en transition) au Royaume Uni, à partir de 2006. Concrètement, sans attendre les initiatives des pouvoirs publics, dans des villes, des groupes de citoyens se sont attelés à inventer et mettre sur pied de nouveaux styles de vie qui leur permettent de se maintenir dans un contexte où le pétrole est rare. Et ces initiatives se sont multipliées très rapidement. Aujourd’hui, on en compte 357 à travers le monde, au Royaume Uni, et aux Etats Unis essentiellement, d’après le site Internet « transitionnetwork.org », qui fédère ces mouvements. Tout récemment, quelques uns de ces mouvements ont commencé à se développer en France aussi, à Sucy-en-Brie , dans le Val de Marne, à Saint-Quentin-en-Yvelines, à Bordeaux et à Grenoble, par exemple.

Regarder l’avenir à l’envers

A l’origine, c’est un enseignant, Rob Hopkins, qui a inventé cette méthode de transition vers un monde meilleur. La démarche consiste à imaginer une société au fonctionnement optimal dans vingt ans, pour ensuite, établir un « plan d’action de descente énergétique » qui permette de mettre en place les actions nécessaires pour atteindre le but préfixé, dans des domaines comme l’alimentation, les transports, ou encore la santé. Point essentiel de la démarche : le plus de citoyens possibles doivent y être associés. En effet, le « plan d’action de descente énergétique » ne peut fonctionner que si la communauté la plus large y adhère et le met en œuvre, y compris dans sa vie quotidienne. Ainsi, les militants des « initiatives en transition » tiennent des réunions publiques pour sensibiliser leurs concitoyens et les inviter à participer à l’élaboration du plan.

Pouvoirs publics aiguillonnés

Mais, en parallèle, ils initient également des actions immédiates pour réduire leur consommation d’énergie fossile, par exemple, en organisant des circuits de covoiturage, ou en encourageant l’utilisation du vélo. Autre action entreprise : le développement des jardins potagers ou fruitiers communs, qui permet aux habitants de se retrouver autour d’un projet et de commencer à disposer de ressources alimentaires locales, indépendantes des transports. Dans la vie locale, le poids de ces mouvements, qui se proclament apolitiques, est parfois loin d’être anecdotique, surtout dans les petites communes. Bon gré, mal gré, les équipes municipales en place doivent apprendre à composer avec ces groupes de citoyens. Lesquels n’hésitent pas, s’ils l’estiment nécessaire, à financer l’étude de faisabilité pour l’implantation d’un parc d’éoliennes sur la commune, afin d’inciter les pouvoirs publics à se tourner vers la production d’énergies alternatives.

Local, mais … pas isolé

En 1973, déjà, l’économiste britannique Ernst Friedrich Schumacher prônait l’importance de bâtir des sociétés à échelle humaine et, pour les communautés locales, d’être auto- suffisantes, dans son ouvrage « Small is beautiful » . Sa critique de l’économie occidentale et de la mondialisation alors confrontées au pic pétrolier, retrouve une actualité inattendue. Mais plus de trente ans après, Internet a changé la donne. Car les « initiatives en transition » sont également des initiatives en réseau : un « mode d’emploi » du « plan d’action de descente énergétique » est ainsi en ligne. Et, si chaque groupe de militants doit le bâtir sur le terrain, en fonction de la situation spécifique locale, c’est une communauté entière qui échange, à travers la planète. L’action à un niveau local n’est plus synonyme d’isolation. Les pouvoirs publics locaux sont nombreux à mettre en place des démarches pour rendre le développement local durable, notamment via la mise en place d’Agendas 21. Ils pourraient trouver dans ce réseau des « initiatives en transition » un vivier précieux d’expertise et d’expériences.

Par Anne DAUBREE

mardi 1er mars 2011

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