Accueil du site > > La France prépare

La France prépare ses stades pour l’Euro 2016

La France prépare ses stades pour l'Euro 2016

En vue de l’Euro 2016, les projets de rénovation et de construction de nouveaux stades se précisent. A la recherche d’un nouveau modèle économique pour le football professionnel, et en utilisant de nouveaux modes de financement qui suscitent la polémique.

« La facture délirante des futurs stades » : l’ombre de cet article, publié par le magazine Capital, début juin 2011, a plané sur les 3èmes rencontres parlementaires sur le sport, tenues à Paris le 7 juin. La journée était consacrée au financement des infrastructures sportives, avec en ligne de mire, les stades prévus pour l’Euro 2016. La France a en effet été sélectionnée pour accueillir la 15e édition de ce championnat de football, qui réunira les 24 meilleures équipes européennes, sous l’égide de l’UEFA. L’événement impose des projets de construction de stades, à Lille, Lyon, Nice et Bordeaux, notamment, ou de rénovation, un peu partout sur le territoire national. Onze villes sont concernées.

Pour Frédéric Thiriez, président de la Ligue de football professionnel, ce championnat, « c’est une formidable chance pour le pays, pour le sport, et pour le football ». D’après lui, l’évènement devrait générer 15 000 emplois durant la période de construction des stades, qui devrait s’achever en 2014, et 4 000 en période de fonctionnement. De plus, le professionnel estime que les infrastructures sportives nationales, vieillies, renforcent « la télé-dépendance » économique du foot professionnel : ses revenus dépendent trop des recettes télévisées. Bref, des infrastructures rénovées devraient permettre de diversifier les revenus, par exemple, en proposant des prestations haut de gamme aux entreprises, lors des matchs. Et pour 2016, pas d’inquiétude, « nous sommes dans le timing. Tous les stades seront livrés à l’été 2014, deux ans avant l’événement, comme l’avait demandé l’UEFA. Lille sera même prêt quatre ans avant » annonce le président de la Ligue de football professionnel.

Travaux financiers en cours

A Marseille, par exemple, les travaux débutent, et la rénovation sera « considérable », explique Jean-Claude Dassier, alors président du club de football de l’Olympique de Marseille, qui sera démis de ses fonctions quelques jours après la conférence. Tribunes démolies puis reconstruites, couverture du stade, rénovation des sanitaires, circulation revue aux alentours du stade… « C’est aussi une opération d’urbanisme » complète Dominique Tian, député des Bouches-du-Rhône. Le groupe Bouygues, qui a obtenu le marché, va effectuer les travaux sans fermer le stade, même si la capacité d’accueil du public de la structure sera réduite. Contractuellement, l’opération de rénovation s’effectue dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), très majoritairement choisi pour rénover ou bâtir ces nouveaux stades. « Le choix du maire est de garder à ce futur stade le statut de stade municipal. Ce sera le stade de l’Olympique de Marseille, mais il restera propriété de la ville, qui le remboursera année après année » a précisé Jean-Claude Dassier. A Lille également, la partie se joue à trois, entre la collectivité, l’exploitant du stade et le club du Losc, prioritaire pour le déroulement de ses matchs. « Le foot professionnel subit des mutations accélérées, les clubs sont devenus de véritables entreprises. Est-il juste que la charge de l’investissement incombe seulement aux collectivités publiques ? » argumente Michelle Demessine,Vice-Présidente de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU), chargée des équipements sportifs et de la politique du sport de haut niveau. Si l’élue reconnait que le projet « coûte cher », pour elle, la solution est « équilibrée avec 50% pour les collectivités », dans la prise en charge des dépenses. De plus, rappelle-t-elle, au bout de 31 ans, le stade sera la propriété de la municipalité. Bref, le PPP, une bonne affaire pour les finances publiques ? Pas pour le magazine Capital, qui indique que les Lillois devront rembourser 7,2 millions d’euros par an, jusqu’en 2043, « sur la durée, cet artifice comptable peut se révéler une piètre affaire ».

Le multi-conso, stade du futur

Au-delà de l’enjeu de 2016, les stades sont en passe de subir des mutations profondes : la recherche de nouveaux modèles économiques impacte leur conception même. Par exemple, à Lyon, « nous avons recopié le système du cinéma, en passant de la salle de quartier au multiplexe » analyse Patrick Iliou, directeur adjoint d’OL groupe. Le futur stade a même été positionné en fonction d’études géomarketing. « La plupart des personnes viennent de l’Ain, de l’Isère, de la Savoie. Nous nous mettons proches du marché » explique Patrick Iliou. Quant au Stade de France, le consortium qui le gère investit déjà 8 à 10 millions d’euros chaque année, pour faire évoluer la structure, pourtant construite en 1998. Et pour 2016, « le cahier des charges de l’UEFA est dur. Nous sommes obligés d’investir quelques millions d’euros » avance Robert Hosselet, PDG du Consortium du Stade de France. Certains aménagements seront temporaires, pour accroitre le nombre de places VIP, ou améliorer l’accueil de la presse. D’autres seront pérennes : plus de buvettes, plus de sanitaires, mais, surtout, une amélioration de la « modularité du stade », qui permet d’écourter les temps entre la tenue d’un match de foot et celle d’un concert, par exemple. Dans le projet lillois, « le multifonction est pensé à l’origine, contrairement au Stade de France » argumente Michelle Demessine. Au programme, par exemple, toit et pelouse rapidement rétractables, qui permettent de passer d’un match de foot à un opéra, ou encore d’autres compétitions sportives. Le Stade de France, lui, a même mis sur pied une équipe chargée d’imaginer le « stade du futur », qui va plus loin encore. Robert Hosselet énumère : « nous voulons créer des lieux de vie, que le public arrive trois ou quatre heures avant, puisse aller au restaurant, et, après, reste dans le stade, pour pouvoir consommer, acheter quoi que ce soit ».

vendredi 8 juillet 2011 , par Anne DAUBREE

Suite des dépêches