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ENJEUX ET MODELES URBAINS

ENJEUX ET MODELES URBAINS

La Charte d’Aalborg mise en place le 27 mai 1994 à l’issue de la conférence européenne sur les villes durables organisée au Danemark, affirme l’importance de la ville comme échelle pertinente d’action en faveur du développement durable, un cadre où prennent sens des projets collectifs au sein notamment de « quartiers durables ». Qu’est-ce qu’un quartier durable ? Comment contribue-t-il à modifier l’urbanisme des villes ? Des retours d’expériences-pilotes originales développées dans les pays Nord-Européens, en Suède, en Norvège, au Royaume-Uni, au Danemark et en Allemagne et plus récemment en France nous permettent de mieux comprendre l’intérêt de cette démarche territoriale…

Se différenciant de l’Eco-quartier, quartier urbain visant généralement une autonomie énergétique et la réduction de son empreinte écologique, le « quartier durable » est défini depuis l’Accord de Bristol en 2005 comme « une zone de mixité fonctionnelle développant un esprit de quartier, un endroit où les personnes veulent vivre et travailler, maintenant et dans le futur. ».Intégrant des critères environnementaux dans sa conception et sa gestion, il favorise une démarche volontaire, des objectifs de développement économique et social équilibré à travers la création d’activités d’emplois locaux et de services de qualité pour tous. L’énergie, les ressources naturelles, les déchets, les substances nutritives et les matériaux sont également des flux à « entretenir, restaurer, stimuler, valoriser » en économie circulaire locale. Un autre aspect important des quartiers durables réside dans l’application des principes de gouvernance. La participation, l’information et la formation des différents acteurs sont primordiales ainsi que les valeurs de transparence, de solidarité et de participation communautaire. 6 quartiers européens : BedZED dans la ville de Sutton au Royau¬me-Uni, Bo01 dans la ville de Malmö en Suède, Vesterbro dans la ville de Copenhague au Danemark, Vauban dans la ville de Fribourg en Allemagne, Kronsberg dans la ville de Hanovre en Allemagne et Hammarby Sjöstad dans la ville de Stockholm en Suède sont devenus des références en la matière. Parmi elles, trois initiatives exemplaires : Vauban, BedZEd et Bo01.

Vauban, la réhabilitation citoyenne d’un site à mobilité réduite

C’est l’un des premiers site-pilotes en rénovation urbaine. En 1993, la ville de Fribourg, confrontée à une forte demande en logements, a la possibilité de racheter à l’Etat fédéral allemand le site des casernes occupées jusque là par l’armée française, soit 40 ha arborés situés à 2,5 km du centre ville (10 minutes à vélo).Quatre casernes seront maintenues et réhabilitées, l’urbanisation de l’espace résiduaire faisant l’objet d’un projet d’aménagement largement concerté avec les habitants. La phase de réalisation débute en 1997. Aujourd’hui, Vauban accueille 6.000 habitants. La ville de Fribourg, qui a pu garder la maîtrise des opérations de vente des terrains (conventions sous seing privé), a ainsi pu préserver des relations directes permanentes avec les propriétaires occupants. Un des atouts majeurs de cette réussite. Dans son aménagement urbain, le quartier s’est développé autour de la ligne de tramway à l’assise enherbée qui relie Vauban au centre ville. L’implantation du bâti se greffe sur cet axe principal autour de voiries en forme de U. La circulation automobile y est limitée à 5 km/h, il n’y a pas d’espaces de parcage. La priorité est donnée aux déplacements piétons et cyclistes. La rue redevient un espace de rencontres, de jeux, de convivialité. L’habitat s’organise par immeubles en bande de 3 à 4 étages ou par maisons mitoyennes. Chaque famille a choisi le coloris de sa façade, bardée de bois. De nombreux espaces verts ont été instaurés.les jardins ne sont pas clôturés et constituent des espaces semi-collectifs qui assurent maillage écologique et lien social. L’implication des habitants dans la conception et la gestion de ces espaces en garantit le respect et l’entretien. En matière de mobilité, le quartier est volontairement sans voiture. Il a été équipé de deux grands garages collectifs situés en périphérie, incitant les propriétaires, soit à acquérir une place de parcage dans ces infrastructures si elle possède une voiture, soit à prendre des parts équivalant à un emplacement si elle n’en possède pas. Le prix d’achat d’un emplacement effectif est nettement plus élevé que la prise de parts, ce qui a un effet dissuasif. 50% des familles résidant à Vauban ne disposent pas d’un véhicule particulier. Tout est en effet mis en place pour favoriser d’autres types de mobilité : vélo, tram, covoiturage. En bordure du quartier, 4 ha sont affectés à l’implantation d’activités industrielles dont 2 ha réservés aux PME et artisans, créant ainsi de l’emploi de proximité. Les commerces livrent gratuitement les courses à domicile. En matière de maîtrise énergétique c’est un sans faute : les bâtiments équipés de 2500 m² de panneaux photovoltaïques et 500m² de panneaux solaires thermiques consomment 65 kWh/m2/année. Un réseau de chauffage à distance a été mis en place pour l’ensemble du quartier fonctionnant soit au bois (80%) soit au gaz (20%).

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BedZED - Londres

BEDZED, une économie de proximité en boucle

En 2000, un premier village écologique, surnommé Bedzed (Beddington Zero Energy Developpement ou Développement sans recours à l’Energie fossile) voit le jour dans la banlieue sud de Londres à Sutton. Soutenu par la Fondation Peabody, la plus importante organisation caritative de Londres consacrée à l’habitat, en collaboration avec le Groupe de développement BioRegional, groupe environnementaliste très actif et en partenariat avec l’association WWF International, le projet BedZED est conçu par l’architecte, Bill Dunster. L’objectif prioritaire des concepteurs est de créer un quartier qui réduit de moitié son empreinte écologique en appliquant l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) « qui mesure l’impact environnemental de la vie d’un produit, depuis sa réalisation jusqu’à sa mise au rebut ou son recyclage ». Le tout dans une logique d’économie circulaire (transports limités, développement économique local renforcé et identité culturelle préservée). Ici, 90 % des matériaux proviennent de moins de 50 km à la ronde (bois certifiés) et sont souvent recyclés (anciens rails de chemin de fer...). Le site revendique une mixité sociale. Bedzed comprend 2 500 m2 de bureaux et commerces, un espace communautaire, une salle de spectacles, des espaces publics et privés, un centre médico-social, un complexe sportif, une crèche, un café et un restaurant et 82 logements dont la moitié est réservé à des familles à revenus modestes. Le design des logements est pensé en terme d’efficience énergétique et de qualité de vie : isolation renforcée, ensoleillement maximum, terrasses, jardinet et serre pour chaque logement, système de ventilation avec récupération de la chaleur. Le recours aux énergies renouvelables et l’optimisation des ressources naturelles est remarquable : récupération des eaux de pluie pour les toilettes, énergie électrique et thermique fournie par la biomasse (bois de récupération), la chaleur récupérée et les panneaux photovoltaïques situés sur les façades. Cette électricité produite permet même de recharger à 100 % des véhicules électriques mis à la disposition en partage aux habitants. Les déplacements sont réduits puisque des espaces de travail sont proposés à proximité incluant des commerces et qu’un système de livraison de produits frais est assuré par la région. Au final, cette rationalisation permet à BedZED de réduire de 50 % son empreinte écologique grâce à la baisse de 90 % de ses dépenses de chauffage, de 70% de sa consommation totale énergétique et de 75% du volume des déchets.

Malmö en Suède : vitrine prospective de l’habitat du futur

Né en 2001, « "Bo01 Ecological City of Tomorrow", se veut le laboratoire expérimental de la ville de Malmö, maître d’oeuvre de ce projet de 6 millions d’euros cofinancé par les partenaires, le gouvernement suédois et la commission européenne. L’objectif initial du projet résidait l’utilisation prioritaire des énergies renouvelables (pour répondre à 100% des besoins énergétiques) et la gestion optimisée des déchets. Le quartier regroupe près de 800 habitations sur les 3 000 prévus à long-terme et une quinzaine de maisons pilotes, pour une surface globale de près de 30 hectares. Le projet de Malmö est une réalisation phare non seulement par son exemplarité environnementale mais également parce qu’elle revêt une forte dimension pédagogique. La particularité du projet est d’avoir réussi l’intégration du bâti dans son environnement avec l’implantation de trois grands parcs et de nombreux espaces « verts ». La mobilité y est réduite : transports propres (bus collectifs fonctionnant aux carburants écologiques), quartiers piétons, voies cyclables. Les économies d’énergie sont multiples : système de tri des déchets en 6 lots distincts et recyclage sur place permettant une réduction de près de 80% des déchets. L’optimisation de l’usage électrique est exceptionnelle : moins de 105 kWh/m1a par bâtiment, récupération des déchets et des eaux usés en vue de créer de l’énergie, production d’énergie propre grâce à une éolienne de 80m, à 2000 m2 de panneaux photovoltaïques et à une pompe à chaleur qui pompe de l’énergie dans le sol et dans l’eau, installation d’un réacteur biogaz qui produit du combustible pour les véhicules.

L’exemplarité de ces trois projets fait émerger une cohérence harmonieuse basée sur la globalité de la démarche,l’implication de tous les acteurs,l’instauration d’espaces d’information et de sensibilisation dynamiques, l’aménagement d’espaces verts, la mise en place de transports propres collectifs, la mixité des activités et des fonctionnalités pour limiter les déplacements. A toutes ces mesures, s’ajoutent l’élaboration de systèmes ingénieux pour économiser les énergies,l’eau et diminuer la quantité de déchets. Des recettes-clés, sources d’ores et déjà d’inspiration dans d’autres pays-membres dont la France où les initiatives s’appuient sur les agendas locaux 21, les outils de planification et un certain nombres de labels et de démarches de construction novatrices dans les domaines économiques, sociaux et environnementaux.

lundi 28 décembre 2009 , par Dominique Thibault

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